1
min

Piégé

Image de Paul Fichtre

Paul Fichtre

18 lectures

0

La transfert est intense comme toujours. Alors que la désorientation est écourtée par la bonne réponse du sujet, le picotement désagréable qui parcourt son bras ainsi qu'une bonne partie de son flanc gauche ressemble fort à l'effet d'une décharge de paralysant. Le sas mal éclairé pue le recycleur saturé, des traces grises de pourriture fondante suintent entre les différents modules et le ramassis de non-humains qui se presse derrière le hublot pour assister au spectacle n'augure rien de bon.
La longue forme rectangulaire aux panneaux de coque disparates du vaisseau pirate s'arrache à l'attraction de la planète désertique. Arp voit la surface jaune orangé s'effacer au profit du noir insondable du Vide. Sans combinaison spatiale, il ne survivra pas à une éjection. Il tente de raisonner l'équipage mais la somme offerte pour son meurtre justifie leur obstination.
Criminel informatique notoire, Arp a accédé à une immortalité cybernétique frauduleuse en numérisant sa personnalité dans le secret d'une banque de données haut de gamme. De là, il peut se transférer dans des individus pourvus d'une puce corticale pour goûter aux plaisirs d'une vie incarnée, seul palliatif à la lente déliquescence d'une conscience enfermée dans une simulation si parfaite soit-elle. Mais conserver sa place dans cet éden lui coûte une fortune que seul ses passes dans l'infosphère peuvent entretenir. Un de ses larcins aura froissé la susceptibilité d'un autre pensionnaire ou d'une méta-corp assez influente pour exiger son extradition.
Le claquement sec des verrous met un terme à ses tentatives de corruption. Il est chassé en même temps que l'air hors du vaisseau. Sa chair gèle avant que ses vaisseaux sanguins explosent, des larmes de sang gelées s'étirent depuis ses yeux ouverts sur le Vide, et son corps d'emprunt tournoie avec les déchets qu'on balance avant un bond quantique.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,