Peuple de fourmis

il y a
2 min
255
lectures
10
Qualifié
« Schplitt ! », en plein dans le mille. D’une pichenette je venais d’abattre une minuscule fourmi qui se risquait à sucer le miel échappé de ma tartine. Quelques instants plus tard, quelle ne fut pas ma surprise en me penchant vers le sol, de voir que ma trépassée se faisait transporter par une autre fourmi. A ma vue, cette dernière prit la fuite aussi vite qu’une fourmi sans doute peut courir.
Les fourmis organisent-elles des cérémonies pour leurs morts ? Auquel cas elles auraient du travail vu le nombre de cadavres qui traînent dans ma cuisine. Il y a de cela quelques jours, alors que je tondais la pelouse, je m’approchai d’une petite bosse qui me sembla être une fourmilière en devenir. Je me stoppai net. Déjà les soucis avec les cerisiers infestés de pucerons qui rejettent une sorte de liquide appelé miellat, jus multi vitaminé dont les fourmis raffolent, m’avait attendrie. Alors je contournai le petit amas de terre en me demandant quelle hauteur il pourrait bien atteindre d’ici quelques semaines et évitai le génocide.
Suite à quoi, elles crurent bon de m’envahir de l’intérieur, dans ma maison, épicentre du complot. Sympathique remerciement pour les avoir épargnées. Elles formèrent un long train et, rangées deux par deux tel un rang d’écoliers disciplinés, se mirent à la recherche de victuailles. J’estimai la cohabitation impossible et je n’eus pas d’autre moyen que de les tuer, une par une sur le bord de l’évier, écrasement du talon dans le salon, une fourmi c’est si petit qu’elle vous échappe vite, il faut être vigilent. Puis, je les aspirai par dizaine, revisitai le Radeau de la Méduse en mettant en marche le lave-vaisselle où elles s’étaient installées, je les vois d’ici se raccrocher à la vie flottant sur un couvercle de Tupperware, la reine crie à bâbord, à tribord mais c’est trop tard elles se noient, aucun rescapé cette fois-ci au tableau.
Aujourd’hui, elles commencent à rebrousser chemin, tant mieux. Mais là, celle qui transporte le corps sans vie de sa voisine, son amie, son enfant, son mari peut-être, le sexe est impossible à distinguer, c’est touchant, vraiment, cela me fait de la peine. J’ai presque envie de leur confectionner un cercueil avec une boîte d’allumettes. On pourrait bien en mettre un millier dans une petite boîte. Comme quoi je ne suis pas une tueuse si amère.
C’est touchant une fourmi. De la voir traîner à bout de force le corps inerte de sa sœur de sang (je n’ai pas vu de sang mais sans doute en ont-elles ?), je me dis que si j’avais regardé la scène à la loupe, en zoomant un peu, j’aurais pu y voir la meilleure scène d’un péplum, cent fois plus émouvant que la passion du Christ portant, courbé, sa lourde croix jusqu’au mont du Golgotha.
Le cadavre gît encore sur le carrelage de la cuisine. Je n’ai pas osé y toucher, par respect je suppose à ce micro peuple doté d’une âme et qui organise des cérémonies pour ses morts.
Vraiment, c’est touchant une fourmi.

10

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !