Petite

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Petite avait décidé que sa vie serait grande. Toute son enfance, on l'avait surnommée Petite. À tel point, que plus personne ne l'appelait par son prénom, que les gens qu'elle rencontrait ne le connaitrait sûrement jamais et qu'elle même, parfois, avait des doutes.

Petite avait grandi avec une image rapetissée d'elle-même. "Petite, regarde la, toute fragile, toute frêle", "Elle ne ferait pas de mal à une mouche, elle est si petite et si timide". Petite était devenue ce qu'on lui avait décrit d'elle, un être chétif, discret et menu.

Toute sa scolarité, elle fut Petite. Une mignonne petite fille, une délicate jeune fille, puis une tendre jeune femme-enfant. Maintenant qu'elle était une femme, Petite voulait renverser les choses, renverser sa vie, bousculer son quotidien.

Petite avait été aimée par des amants trop fades, trop mous, trop doux. Elle était bercée par leur voix mielleuse, elle capitulait face à leur trop plein de gentillesse et parfois, leur niaiserie romantique. Non, Petite ne voulait pas de ça, non. Elle voulait un roc, elle voulait un aventurier, un fou, un marin, un artiste, un oiseau migrateur, un rêveur, une girouette, un pile ou face. Elle voulait que quelqu'un la sorte de sa léthargie imposée et lui fasse ouvrir les yeux sur sa force et sa grandeur intérieure.

Bien sûr, Petite était petite. Elle mesurait tout juste 1m50, elle portait des chaussures achetées au rayon enfants et elle était toute menue. C'était décidé, elle ne pouvait certes pas grandir plus; il était trop tard maintenant mais elle pouvait prendre du poids physiquement et caractériellement aussi. Elle ferait en sorte de récupérer une ou deux tailles, d'arrondir son corps de jolies formes, et surtout de décider que non elle n'était pas une petite chose fragile mais une femme, libre et indépendante. Et capable de vivre seule.

Un matin, elle quitta son appartement et son énième petit-ami tendre, mou et collant; elle quitta sa famille, ses amis sans même les avoir précautionneusement prévenu. Elle traîna une valise de taille moyenne à bout de bras, une valise rouge à roulettes remplie du confort nécessaire et pratique pour partir loin et vite. Elle grimpa dans un taxi, se fit déposer à l'aéroport et elle embarqua avec une joie intense et un soulagement énorme dans un avion pour Caracas. Elle ne connaissait pas le pays et ne maîtrisait pas l'espagnol. Elle partait, un envol pour l'inconnu, les pieds dans le vide tout comme son cœur. Elle était nerveuse et angoissée mais cela ne surpassait pas sa fierté d'avoir réussi à (se) quitter pour mieux (se) retrouver ailleurs.

Pendant le vol, Petite eut le temps de réfléchir et de cogiter. De se poser pleins de questions sur ce qu'elle ferait une fois arrivée là-bas, est-ce que ces économies seraient suffisantes? Est-ce qu'elle rencontrerait des gens? Est-ce que le pays et l'ambiance lui plairaient? Tout était si incertain, elle n'était pas habituée. Elle avait déjà voyagé, par le passé, et elle avait déjà pris l'avion, déjà vécu un quotidien différent du sien mais toujours accompagnée et surtout, toujours en voyage organisé. La sécurité avant tout. Cette fois, elle se mettait "en danger" et cela la grisait follement.

Ce qu'elle vivrait là-bas, elle l'ignorait mais elle savait que ce serait pour son plus grand bien.
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