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La tendresse

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Jezabel

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Il était jour. Un gamin blessé par balle avait pris le maquis du Vercors. Il faisait ciel. La Brutalité attrapa l’imprudent dans la campagne. Phébus le cogna, le renversa au sol et il tomba entre les mains de la Cruauté.
Comme ses vieux souliers troués lui faisaient mal et qu’il se trouvait dans une prairie, il les enleva avant de se relever. Les rayons solaires l’aveuglaient et l’assoiffaient. IL chercha un peu d’ombre et posa son pied nu sur un tapis moussu au bas d’un chêne. Le malheureux posa l’autre à côté : «  Sans la dureté, la mollesse n‘existe pas ! » persiflèrent de grandes Epines rougies par son sang à ses tendres chairs. Mais les effluves délicieux de gigantesques violettes venimeuses parvinrent jusqu’à son nez et le trompèrent. Il alla les cueillir et avala leur suc de violine. Aussitôt, ses iris flétrirent sous son front. Il tituba et tomba dans les pommes.
Lorsqu’il se réveilla, les asters des Alpes et les campanules à feuilles de cochléaires galopaient dans la prairie; les lavandes et les clochettes blanches, les narcisses des poètes, sur son corps. Des demoiselles battant de l’aile, des éclairs turquoise striaient les tiges de marisques non loin de lui, lacérant ses pupilles. Couché sur le ventre, en colère contre le cosmos, il arracha des brins d’herbe qu’il jeta rageusement en l’air. Le vent donna de mauvais coups d’archet sur une vieille viole créant une cacophonie grinçante et aiguë déchirant violemment ses tympans. Des fulgurations d’étranges couleurs vives et sonores résonnèrent dans son esprit. Il couvrit ses esgourdes de ses paumes, roula plusieurs fois sur lui-même, dévalant ainsi une pente. La fureur du supplicié se noya enfin dans son cœur inondé de larmes.

La Tendresse décida de le soustraire à la barbarie. Les hurlements du zef devinrent un murmure. Les cordes se turent. Le zéphyr souffla un baiser apaisant sur les épaules cuites du pauvre petit. Quand ce dernier rassuré découvrit ses oreilles, une Pensée sauvage lui chuchota : « Tu es sauvé. La vie n’existe pas sans la mort; l’empathie, sans l’indifférence; la tendresse, sans la cruauté.» Le jeune illuminé hocha la tête en signe d’assentiment – charmante leçon de phénomènes !
La Nature, faisant tourner sa robe, fit froufrouter les chèvrefeuilles des bois ourlant le bord d’une aulnaie. Son protégé frissonna de plaisir sous cette caresse vibratoire. L’ombre de la forêt projetait une fraîcheur bienfaisante sur le crâne de l’enfant et les deux fleurs de son visage. Les bras de la déesse laissant pendre des tissus de végétation vert tendre, piqués de cirse laineux et de gentiane, s’ouvrirent. Il vint se réfugier et se blottir entre eux. Mais, il était toujours assoiffé. La reine écarta ses voilages pour son fils adoptif : les libellules bleues et le bruant des roseaux bruissèrent dans une roselière.
Derrière, des rais d’or filtrés par une sapinière bleue firent luire les écailles d’argent d’une vandoise suivant les flots vifs d’un ruisseau se faufilant entre les fougères. Le blessé y attrapa des perles de jade qu’il porta dans sa bouche pâteuse. Une fois désaltéré, il boitilla le long du cours d’eau et se trouva bientôt devant un étang aux bordures mordorées. Il posa ses pas dedans, sur une moquette de vase et de sable douce comme la soie. Le millepertuis des marais et le flûteau nageant reposaient à la surface de l’onde noire et calme. Leurs racines aquatiques enveloppèrent son membre meurtri comme un pansement absorbant le poison qui s’écoulait des trous de sa peau. Les sons mélodieux émanant du très léger clapotis des vaguelettes inondèrent ses oreilles, les pastels d’edelweiss délassèrent son regard. Morphée vint à sa rencontre et posa un baiser sur son front. Bercé tendrement dans un lit de pétales de fleurs et de verdure, le petit prince trouva le repos de ses six sens.

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Armelle Trovato · il y a
la dualité toute en poésie : texte joliment écrit, plein de fraîcheur!!!
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Jcjr · il y a
Le tout et son contraire. Belle leçon de choses, dans les détails d'une nature enchanteresse très bien documentée. J'ai aimé et vous invite à me découvrir dans " l'essentiel "...
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Jezabel · il y a
Merci
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Adlyne Bonhomme · il y a
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Jezabel · il y a
Merci
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Sibipa · il y a
Une variété de fleurs, entre colère et douceur, entraîne le lecteur dans un conte suave et odorant.
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Jezabel · il y a
Merci de votre vote. On peut toutes les trouver dans les Alpes , en l’Yser, elles sont utilisées au premier degré ou c'est une métaphore. Exemple : les clochettes blanches représentent les cloques sur le corps. Les lavandes, c'est la couleur des hématomes (bleu-lavande). Les narcisses des poètes, c'est une fleur, c'est aussi les marques de coups , laissées par la torture pratiquée pendant la guerre, souvent par des pervers narcissiques (les pervers narcissiques étaient , avec de fortes chances, recrutés pour pratiquer la torture à cause de leur profil psychologique)
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Jean-Baptiste van Dyck · il y a
Très joli texte, beaucoup d'émotion et de personnalité ! Bravo, Jezabel voici mes 5 voix ! Je vous invite à soutenir mon texte «  You Hanoï Me Part 2 » en lice pour la finale poésie !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/you-hanoi-me-part-2

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Jezabel · il y a
Merci !
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Thara · il y a
Un texte riche en émotion, narré à la façon d'un conte.
Merci pour ce moment de détente passé à la lecture de votre récit.
+ 5 voix !

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Jezabel · il y a
Merci à vous de votre soutien. Oui, c'est un petit conte sous la forme d'un poème en prose.
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Elena Hristova · il y a
un texte très émouvant, tendre et cruel à la fois, tous mes votes avec plaisir
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Jezabel · il y a
Merci de votre soutien helena.
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Miraje · il y a
Un conte douloureux traduit poétiquement pour une fin onirique.
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Jezabel · il y a
Merci.
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Monique Feougier · il y a
Joli texte. Mon vote bien sûr
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Jezabel · il y a
Merci
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