Petit matin sur boite de nuit

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"Petit matin sur boite de nuit" remplit tous les critères d'un petit polar à dévorer ! Une scène de crime, des flashbacks, une ambiance bien

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Lectrice acharnée depuis toujours, je m'aventure occasionnellement sur les chemins de l'écriture. Toujours pour le plaisir ! Aujourd'hui j'ose (un peu) partager avec les autres  [+]

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Au petit matin, la boite de nuit n'avait plus rien de sa superbe. Le lieutenant Andelot écarta les bandes de protection qui barraient l'entrée, posées de façon malhabile par un gendarme qui n'avait pas l'habitude des scènes de crime. Il n'avait pas eu le temps de prendre de café, réveillé beaucoup trop tôt par l'appel du brigadier. Il avait juste enfilé ses vêtements, attrapé les clés de la voiture, et il était arrivé sur les lieux alors que l'aiguille de sa montre marquait tout juste six heures. Pas une heure pour commencer la journée de cette façon, pensa-t-il en se frottant les yeux pour chasser les restes de sa gueule de bois.
Une fois passées les portes anonymes, devant lesquelles un chat nonchalant avait remplacé la file des fêtards attendant leur tour pour entrer, il mit quelques instants à ajuster son regard à la semi-obscurité qui régnait dans la pièce. Sous la lumière grise qui tombait d'un soupirail, la piste semblait miteuse. Le lieutenant Andelot avança d'un pas rapide vers le fond de la pièce, sans s'attarder sur le bar situé sur sa droite et ses miroirs qui ne reflétaient plus que le vide. Difficile de croire dans le silence qui pesait sur le lieu, que quelques heures plus tôt, à peine, une foule de gens évoluaient au milieu de la piste, bougeant au rythme hypnotique de tubes techno, tandis que d'autres allaient et venaient depuis le bar un verre à la main, après avoir hurlé leur commande au barman qui hochait la tête pour signifier qu'il avait compris.
Une porte discrète ouvrait au fond de la pièce sur les espaces réservés au personnel. Le brigadier Michel attendait Andelot : « Bonjour mon lieutenant. C'est par ici. »
« Bonjour Michel.
- Je vous préviens, ce n'est pas beau à voir. »
Andelot fit un geste vague de la main, pour signifier qu'il en avait vu d'autres.
Les deux hommes pénétrèrent dans un couloir qui desservait plusieurs portes.
« C'est au fond, mon lieutenant. Dans le bureau du patron. Il avait fini sa fermeture, et il est allé chercher ses clés de voiture dans son bureau, comme chaque jour. C'est là qu'il est tombé sur... le cadavre. »
La porte était entrouverte. On entendait des hommes parler derrière. Andelot poussa la porte avec circonspection. Trois gendarmes tournèrent en même temps leur regard vers le nouvel arrivant, et le saluèrent brièvement, comme si la convivialité ne pouvait avoir sa place en une telle circonstance. Le regard du lieutenant fut immédiatement attiré par la silhouette allongée sur le sol. Une femme, comme le lui avait dit le brigadier. Pourtant, les battements de son coeur s'accélérèrent comme s'il ne s'y attendait pas.
Avec sa robe à paillettes relevées jusqu'en haut des cuisses, ses chaussures bon marché aux talons démesurés gisant sur le sol et ses cheveux épars, elle semblait une épave échouée, rejetée par la mer comme un déchet. Andelot ferma les yeux un instant. Un flash. La même femme dansant avec une frénésie gourmande au milieu d'autres danseurs. Des hommes se pressaient contre elle, irrésistiblement attirés par son déhanchement provocateur, ses regards plein de sous-entendus, sa bouche aguicheuse. Le lieutenant chassa l'image. La femme avait à présent les yeux mi-clos, d'une effrayante fixité. Des marques violettes marbraient son cou blafard.
« Etranglée ? Demanda Andelot d'une voix qui lui parut plus faible que ce qu'il aurait voulu.
- Affirmatif, mon lieutenant. »
Michel qui était resté en retrait, fit quelques pas vers lui. « Nous avons commencé les relevés. Le corps devrait bientôt être emmené pour l'examen par le légiste. L'équipe ne devrait plus tarder à arriver. On a touché à rien, bien sûr, mais à mon avis, c'est une strangulation, on a aucune trace de sang.
- Et le patron, demanda Andelot la gorge sèche. Il est où, le patron ?
- A la gendarmerie, mon lieutenant. Foucault prend sa déposition.
- Bien, fit Andelot. Puis, ne sachant que dire, il répéta : « Bien, bien. »
Pour se donner une contenance, il fit quelques pas vers la victime. Le mal de tête qui couvait depuis son réveil grondait à présent avec fureur entre ses tempes. Andelot se demanda à nouveau ce qui lui valait une telle gueule de bois. Il n'avait à vrai dire aucun souvenir de sa soirée. Cela lui arrivait de plus en plus souvent ces derniers temps, et s'il n'avait jamais fini dans le panier à salades de ses collègues, il lui fallait remercier la bonne étoile qui veillait sur lui. Il faut que j'arrête mes conneries, pensa-t-il en contemplant la femme qui elle était allée trop loin, sans retour en arrière possible.
Machinalement, son regard fit le tour de la pièce, et il remarqua immédiatement de discrètes mais bien réelles traces de lutte. Des papiers avaient glissé sur le sol. Un cendrier était renversé non loin de la victime.
« Le patron de la boite est notre principal suspect, bien sûr, poursuivit le brigadier qui ne semblait pas s'être aperçu du léger malaise de son supérieur. Ou alors un employé qui aurait eu accès au local.
- Le bureau était fermé à clé ?
- Je ne sais pas, mon lieutenant. Il faudra poser à la question au propriétaire.
- Sortons, fit Andelot. On étouffe à cinq dans cette pièce. »
Les deux hommes battirent en retraite jusque sur la piste de danse. Les murs aveugles, sans l'illusion des jeux de lumières, étaient sordides, revêtus d'une peintre sombre écaillée et tâchée de différents éclats. Le balai qui avait servi à nettoyer le sol était posé dans un coin, à côté du tas de poussière qu'on ne s'était pas donné la peine de ramasser.
« J'aurais bien pris un petit noir, fit Andelot qui sentait ses jambes flageoler.
- Ça ne va pas, mon lieutenant ? demanda Michel. Vous êtes tout pâle. »
Andelot fit signe qu'il voulait sortir. La pièce tournait autour de lui. Des chocs sourds martelaient son crâne. Boum, boum, boum. Il posa sa main sur l'épaule du brigadier pour se soutenir. Il ferma de nouveau les yeux. Un nouveau flash. La femme était là, juste à côté de lui, riant de façon lascive. Autour d'elle, les autres danseurs se fondaient dans un flou indistinct. La musique assourdissante assommait Andelot de ses martèlements répétés. La femme avait attrapé le revers de sa veste, et l'attirait vers lui.
L'air frais du petit matin lui fit rouvrir les yeux. Michel l'observait avec des yeux inquiets.
« Tout va bien, mon lieutenant ? 
- Oui, Michel, ça va mieux. Un petit moment de fatigue. La nuit a été courte, je crois. »
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Les Histoires de RAC · il y a
Une bien agréable lecture ♫
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Bob Pollen · il y a
Vraiment très sympa à lire. Bravo
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Caroline Bonnet · il y a
Merci !
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Randolph B. · il y a
Un bon mini polar que je découvre et apprécie. Bravo pour la recommandation (et merci au jury qui m'a dirigé vers vous).
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Caroline Bonnet · il y a
Merci de votre commentaire. Ce texte est effectivement surtout un exercice de style, car le polar n'est pas le genre que je connais le mieux. C'était amusant à écrire en tout cas !
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Randolph B. · il y a
Cela se sent, que vous avez pris plaisir, d'où, entre autres, la réussite.
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Annabel Seynave- · il y a
Bien mené, et on a vraiment envie de savoir la suite ... ou de la deviner :))
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Caroline Bonnet · il y a
Oui, c'est à l'imagination du lecteur de faire le travail... Merci Annabel
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François B. · il y a
Mon soutien renouvelé pour cette histoire pleine de sous-entendus...
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Caroline Bonnet · il y a
Merci François
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M. Iraje · il y a
Et la porte de la boîte reste encore ouverte à tout les possibles ... Habile !
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Caroline Bonnet · il y a
Merci !
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Mikky MUANDALI · il y a
C'est un bel univers noir ! Ma lecture m'a donné cette impression que Andelot y est pour quelque chose...
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Caroline Bonnet · il y a
Ce n'est pas impossible...
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Odile ANIZET-DERUSSY · il y a
On aimerait connaître le dénouement! Que de pistes à explorer!
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Fred Panassac · il y a
Une belle atmosphère noire. Le monde de la nuit et toutes ses ambiguïtés. Bravo pour ce polar prenant, je vous souhaite une belle finale !
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Caroline Bonnet · il y a
Merci Fred !
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Sékou Oumar SYLLA · il y a
Bravo pour ce beau texte ! Vous avez toutes mes 3 voix. Je suis finaliste et j’occupe la 2ème place du Prix des jeunes écritures.Pour l’heure, près de 200 voix me séparent de la première place. Merci de passer faire un tour chez moi et de soutenir mon texte si vous avez le temps. . Les votes seront clos ce jeudi 15 juillet à 17h (Heure de Paris)
Le lien du vote.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/l-art-de-la-vie-et-de-la-reussite

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Caroline Bonnet · il y a
Merci, j'irai vous lire.

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