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Pensées au solitaire en bonnet phrygien

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Valérie

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Par un étrange mouvement de la pensée voilà mon pensif transformé en Sans-Culotte et son bonnet devenu phrygien. Roulements de tambour et bruits de fusillades arrivent à ses oreilles. À travers une fumée épaisse il distingue des lueurs de brasiers ou de torches, et tout autour de lui s'agite un peuple bien décidé à mourir pour gagner sa liberté.
Mai oui, j'accepte volontiers que son bonnet soit phrygien... Même que de temps en temps il le jetterait au sol de colère en constatant le désastre qui l'entoure et le peu de consistance de ses contemporains.

Heureusement, sur sa route, il croiserait quelques personnalités. Poètes, résistants, opposants ou rêveurs, comme lui. Un soir, traînant ses guêtres dans quelque rue déserte, il aurait suivi les notes d'un piano jusqu'à un caboulot. Au fil des verres, il aurait appris que le pianiste se prénomme Richard, et qu'il est venu accompagné d'un ami... Un certain Friedrich, un peu poète, un peu penseur, qui, percevant la quête de mon révolté, aurait de bonne grâce disserté avec lui, et, sans doute avec l'aisance d'un professeur devant son élève, aurait cité un Perse de ses amis :

« Pour ceux qui s'exilent volontairement, seuls ou à deux, il reste encore des lieux où souffle l'haleine des mers silencieuses.
Une vie libre reste possible aux grandes âmes. En vérité, quand on possède peu on est d'autant moins possédé. Louée soit une modeste pauvreté !
Où finit l'État commence l'homme qui n'est pas superflu ; où finit l'État commence le chant de la nécessité, la mélodie unique, irremplaçable.
Où finit l'État — regardez là-bas, mes frères — n'apercevez-vous pas l'arc-en-ciel et les ponts qui mènent au Surhumain ?
Ainsi parlait Zarathoustra.»

À l'heure précise où j'écris ces mots, notre Sans-Culotte est d'humeur facétieuse et une féroce envie de tirer la moustache de son interlocuteur le démange...
C'est qu'il a du mal à assimiler cette projection dans le temps et la nouvelle nature de son personnage. Du reste, il se demande où a bien pu passer sa combinaison de ski.
Finalement, depuis qu'il était entré dans ce bistrot, le bruit des balles et les lueurs des flammes avaient disparu. Ce philosophe très bavard avait su l'embarquer dans son univers et par chance, les verres et les paroles échangées avaient remplacé les armes. Le bistrot, bondé, éclairé par des lanternes, respirait la bonne humeur et la convivialité. Son habit ne lui convenait pas vraiment : il avait du mal avec ce pantalon rayé et trop court et ses godillots lui sciaient les pieds à maints endroits. Le piano était désaccordé et le vin un peu aigre, mais il avait le cœur léger.
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