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Cyrano

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En ouvrant les yeux, il ne reconnut pas la pièce où il était. Ce n’était pas chez lui. Assis par terre, il essaya avec peine de se souvenir comment il avait pu arriver là.
Tous les murs ainsi que le plafond étaient d’un blanc immaculé. En hauteur se trouvait une fenêtre qui donnait vers l’extérieur. Elle était fermée mais à travers elle, des rayons de soleil s’engouffraient dans la pièce, ricochaient sur les murs comme sur des miroirs et relevaient au passage la multitude de particules flottantes dans l’air.

Une porte blanche fermée se trouvait à quelques mètres de lui. A côté d’elle trônait une chaise, le seul mobilier de cette pièce sur laquelle reposait une enveloppe.

En s’appuyant sur le mur derrière lui, il tenta de se redresser. Un atroce mal de tête l’empêchait de penser correctement. Malgré ses efforts, il n’arrivait toujours pas à rassembler ses souvenirs. Il se palpa pour s’assurer qu’il n’avait aucune blessure et ce bref examen le rassura.
A mesure qu’il retrouvait ses esprits, il prenait conscience qu’il n’avait aucune raison de se trouver dans un tel endroit et pour l’heure, il ne savait pas où il était.

Une angoisse commença à l’envahir mais il décida malgré tout de tirer cette histoire au clair. D’un pas hésitant, il avança vers la porte. Le parquet parfaitement huilé grinçait sous chacun de ses pas. Une fois devant elle, il constata avec stupeur qu’elle n’avait pas de poignée. Il n’avait aucun moyen de l’ouvrir, aucun moyen de sortir de cette prison blanche. Pris de panique, il commença à la tambouriner en criant mais elle ne bougea pas d’un iota malgré la force de ses coups. Finalement, il plaqua son oreille gauche sur elle afin d’essayer d’entendre quelque chose mais de l’autre côté un silence de plomb régnait.
Son regard fût soudain attiré par l’enveloppe sur la chaise. Il se précipita dessus et l’ouvrit avec hâte. A l’intérieur, une feuille sur laquelle était inscrit en grands caractères : « PAYEZ !».
L’incompréhension et la terreur se lisaient sur son visage. Il se mit à balayer du regard toute la pièce dans l’espoir de trouver un moyen de sortir de là. A ce moment-là, il remarqua que dans chacun des coins des haut-parleurs étaient installés. Quatre haut-parleurs d’un blanc impeccable qui se confondaient avec les murs sur lesquelles ils étaient placés. Cette trouvaille l’emplit d’effroi et une multitude questions auxquelles il ne trouvait pas de réponse l’envahit. Pourquoi était-il là ? Qui le gardait enfermé ? Qu’est-ce qu’il devait payer ? Combien ? Mais surtout pourquoi ?
La fenêtre était sa seule issue. La porte ne pouvant s’ouvrir que de l’extérieur, peut-être qu’avec elle il avait une chance de s’en tirer. Il traîna la chaise jusqu’à elle et grimpa dessus. Malgré ses efforts pour l’atteindre, elle se trouvait encore à trente centimètres au-dessus de son bras tendu. Cette constatation ternit ses espoirs d’évasion. Il descendit et se mit à sonder les murs dans l’espoir d’entendre un écho, de trouver un trou qu’il pourrait peut-être agrandir pour passer à travers sans savoir où il pourrait atterrir. Tous les murs étaient pleins, aucun écho, aucun espoir de ce côté-là.

Des pas se firent entendre près de la porte. Il se précipita vers eux en s’écriant : « Au secours ! Au secours ! Aidez-moi ! »
Aucune réponse. La personne de l’autre côté se tenait immobile devant la porte. L’oreille collé sur elle, il pouvait sensiblement l’entendre respirer. Tout à coup quelque chose frôla ses pieds, une enveloppe avait été glissée sous la porte. Il se jeta dessus, l’ouvrit et découvrit une feuille sur laquelle était inscrit : « VOUS DEVEZ PAYER ! ». De nouveau cette incompréhension, ces innombrables questions.
— Pitié ! Dites-moi ce qu’il se passe, s’écria-t-il alors qu’il se tenait assis par terre.

Il entendit les pas s’éloigner et les haut-parleurs se mirent à grésiller. Une voix forte et rauque en sortie.
— Payez !
— Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que je vous ai fait ? Qu’est-ce que je dois payer et pourquoi ?
— Vous devez payer !
— Répondez-moi par pitié, dit-il la gorge nouée
— Vous n’avez pas le choix! Payez !
— Par pitié, parlez-moi, répondez-moi...

Il n’obtient comme réponse qu’une injonction crachée en boucle : « Payez ! Vous devez payer ! Vous n’avez pas le choix... Payez ! Vous devez payer ! Vous n’avez pas le choix !... »
Ce dialogue de sourd le plongea dans un état de stress profond. Il se tenait maintenant allongé par terre et replié sur lui-même. Les yeux fermés, il cherchait une échappatoire dans cette obscurité qu’il se créait et avec ses mains, il essayait d’étouffer cette injonction qu’il n’arrivait pas à comprendre. Des larmes perlaient sur ses joues et venaient mourir de tout leur poids sur le parquet.

Soudain, il sentit une main, puis deux le saisir. Elles se mirent à le secouer comme voulant le sortir d’un état qu’il ne maitrisait pas.
— Réveille-toi, réveille-toi ! s’écria la voix au-dessus de lui.
D’un bond, il se redressa, cherchant désespérément de l’air comme pour renaître. En ouvrant les yeux, il reconnut la pièce : sa chambre.
Sa femme effrayée par les bruits qu’il faisait décida de le réveiller.

L’esprit encore embrumé, il lui raconta son rêve du mieux qu’il put. Elle l’écouta avec attention et compassion. Au moment où elle le prit dans ses bras, elle lui susurra tendrement au creux de l’oreille : « Ne t’en fais pas chéri..., on trouvera bien une solution pour payer ces impôts...»
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RAC · il y a
Quel cauchemar ! bien écrit ! (du vécu peut-être ?!)
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Lalili · il y a
Une atmosphère oppressante et une chute rigolote qui donne tout son sel à ce texte.
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Elena Hristova · il y a
impression inévitable de déjà vu, voilà un texte qui nous tient en haleine. Mais la chute est vraiment salutaire.. Même si on ne badine pas avec les impôts..
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Jarrié · il y a
Original et bien mené. Je pense que nombre d'entre nous connaissent ce type d'angoisse…sous d'autres formes. Bravo.
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Cyrano · il y a
Merci beaucoup, content qu'elle vous ait plu.
Payer ses impôts c'est toujours un moment pas forcément agréable sauf quand on s'y est préparé à l'avance mais ce n'est pas toujours le cas.
Merci encore d'être passé par ici et excellente journée.

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