Pauvre petit garçon riche...

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Le mieux à faire, quand on fait des trucs peu avouables, est peut-être d’en parler cash, comme si c’était sans importance, ou normal. Un exemple ? Vous passez vos journées à vous branler parce que vous êtes riche à pas savoir quoi faire de vos euros, vous rencontrez des amis qui eux bossent parce qu’ils ne savent rien faire d’autre, et qui vous demandent ce que vous, vous faites de votre vie. Vous leur répondez : « Je me branle toute la journée devant des séries débiles », du ton de quelqu’un qui dirait : « Moi, ça va, et toi ? ». Il y a fort à parier qu’ils en concluront que vous en chiez comme un rat mort mais que vous avez bien trop le sens de votre dignité pour vous plaindre de vos misères de riche quand eux triment pour de vrai. En tout cas, vous sortirez grandi de ce qu’ils prendront pour de l’humour.

Avec les amis, ça marche, et même avec de simples connaissances parfois. Essayez un peu avec celle qui ramasse votre caleçon le matin. Moi, je l’ai fait, trois fois. A chaque fois avec une femme différente. Et vraiment, ça dépend de la femme. En tout cas, je vous jure que ça aide dans la vie.

J’ai vécu trois mois avec Nadine. C’était une petite blonde, maternelle et potelée. Le premier mois de mon installation chez elle, elle semblait chaque soir émerveillée de me trouver encore là, frais et dispo(s), prêt à la culbuter au premier frétillement de paupière. Juste pas pensable pour elle qu’un petit gars si mignon bande pour un si petit boudin. Elle n’en revenait pas de câliner un petit homme rien qu’à elle. Presque un enfant, dans son esprit, moi qui n’avais pas vingt-trois ans quand Nadine n’en avouait que trente-huit...

Le deuxième mois, bien que toujours subjuguée, elle me trouvait l’œil un peu trop vif, le corps un peu fébrile. Pour continuer à l’émerveiller, je m’enchantais les narines, et même si je déplorais les effets secondaires des drogues, je les bénissais de me donner la force...

Les trois semaines suivantes, Nadine s’est posé beaucoup de questions, et à moi encore plus. Elle ne comprenait pas à quoi je pouvais passer mon temps, enfermé chez elle, pendant qu’elle mettait au monde des bébés plus blonds et plus dodus qu’elle (Nadine était sage-femme). Moi qui avais l’âge de toutes les conquêtes, avec la fortune héritée de mon papa parti trop tôt, à quoi je pouvais m’occuper ? Un jour, n’en pouvant plus, je lui ai répondu que je me branlais toute la journée devant des séries débiles. Nadine s’est aussitôt senti une vocation d’infirmière psy, cherchant à me faire parler de traumatismes que je n’avais même pas subis. Après une semaine de voix feutrée, de silences se voulant entendus, de tripotages divers pour m’amener à m’épancher sur ses gros seins, j’étais parti. Nadine se prenait pour ma mère, ou pour mon psy, et ce n’est pas ce que je cherche dans la femme.


Beaucoup plus tard, j’ai vécu trois jours avec Mimi. Micheline, en vérité, mais ce n’est pas gracieux quand on a dix-huit ans. Dès le premier soir, Mimi m’a épuisé : est-ce que j’avais pensé à elle, qui j’avais vu, de quoi j’avais parlé ? Comme je n’avais pas bougé, vu personne, parlé de rien, elle trouvait chelou qu’un bel homme comme moi, aussi blindé de tunes, n’ait pas mieux à faire que rester confiné dans la chambrette d’une étudiante tout seul... Je commençais à la trouver lourde et gamine, et cette nuit-là, j’ai fait semblant de dormir pour pas avoir à la toucher. Le lendemain, elle m’a fait la gueule. Le surlendemain, je lui ai dit que je me branlais toute la journée devant des séries débiles, et elle m’a fait une scène : se branler, c’est tromper. Je me voyais pas lui expliquer qu’elle comprendrait quand elle serait grande, j’étais pas son père. Je suis parti.

J’affichais trente-et-un printemps, Nadine était morte l’année d’avant à un âge indéterminé, et Mimi connaîtrait bien d’autres branleurs.

La dernière à qui j’ai fait le coup, alors même qu’elle ne me posait aucune question, à qui j’ai dit que je passais mes journées à me branler, celle-là m’a répondu qu’elle espérait que je me lavais bien les mains avant de me mettre à la cuisine pour la femme de ma vie, parce qu’elle comptait bien, un de ces soirs, venir goûter à ma popote...

J’épouse Jeanne dans une semaine, pour les trois siècles à venir...
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Pierre-Hervé Thivoyon · il y a
C'est drôle et crû, c'est drôlement cru.
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Fleur A. · il y a
Très drôle
Bravo

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M. Iraje · il y a
Sinon, il y avait sur la plage, toute seule, une petite fille riche 😀😀😀 !
Ils auraient pu se rencontrer !

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cendrine borragini-durant · il y a
Bien vu! On pourrait ouvrir une agence matrimoniale...;-)
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Daniel Nallade · il y a
La provocation est larme des tristes !
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cendrine borragini-durant · il y a
Pas toujours, Daniel! Pour ma part, je suis une joyeuse provocatrice et tout ça, c'est pour de rire... ;-)
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Fredo la douleur · il y a
On dit quoi déjà ? L’oisiveté est la mère de tous les vices...^^
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cendrine borragini-durant · il y a
Elle a bon dos, la mère... ;-)

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