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Passion dévorante

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Kaimeng

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La peine est consubstantielle à la passion.
Elle a fini par le comprendre à force d’être ignorée par l’homme qui partage sa vie. Petit à petit leur relation s’est détériorée, sans qu’elle ne comprenne pourquoi. Elle a beau se démener, jeter le plus possible de bois dans le feu presque éteint de leur relation, rien n’y fait. Elle voudrait comprendre ce qui se cache au fond de lui, casser cette petite coquille d’œuf qui l’entoure.
Elle y pense souvent, mais ces pensées finissent toujours dans une voie sans issue.


Le voilà qui rentre à la maison, accompagné d’un bonjour froid et d’un sourire absent.
Elle, dans son coin, noyée d’affliction, elle s’interroge. Elle désire vraiment savoir ce qui se passe dans sa tête.
Mais lui malheureusement ignore tout des maux qui se tapissent en elle.
Il pourrait la rassurer, car oui, il l’aime. Follement. Toute sa vie est orientée vers elle comme l’aiguille d’une boussole vers le nord. Le comportement qu’il a n’est pas le résultat d’une quelconque haine ou d’un quelconque plaisir malsain. C’est son incompétence qui est la responsable. Tous ces sentiments qui s’accumulent en lui le désorientent, le rendant imperméable à tout ce qui compose une relation. Il ne sait plus comment propager ce feu qu’il a en lui. À trop s’approcher de la passion, il s’est brûlé le cœur.


Elle a décidé qu’elle en avait assez, alors elle s’approche de lui. Bien droite, bien décidée, elle est prête à affronter ce qui va arriver.


Ils se font face.
Il plonge son regard dans le sien. Et dans cet échange silencieux se dit l’ineffable.
Sans la prévenir, sans même lui dire un seul mot, il la prend dans ses bras. Si fort qu’on pourrait croire qu’il tente de plonger en elle. Bien souvent le corps communique mieux que la parole, et en utilisant le sien, il tente de parler à cette femme qu’il a tant méprisée malgré lui.
Elle se laisse guider par ces bras qu’elle a tant attendus. Dans cette étreinte s’efface tous les moments malheureux, tous les pleurs et les cris. Ne restent que deux cœurs battant à l’unisson.
Ils s’embrassent.


Le bisou devient baiser.
Goulûment, ils tentent à nouveau de goûter à l’autre. Dans ce baiser ils revivent les premiers instants de leur amour, quand relation rimait avec idylle. Comme s’ils essayaient de gommer ces dernières années habitées de malheur.
Il lui mordille le cou, voudrait véritablement nager en elle pour la connaitre entièrement, elle qui pense à cette petite coquille d’œuf qu’elle aimerait casser.
Le mordillement devient morsure.
Un peu de sang commence à couler de son corps mais elle ne pleure pas. Elle plonge ses ongles dans son dos à lui et gratte, griffe. Elle tente de retirer cette peau qui lui cache la vérité.
Les gouttes de sang deviennent flots ininterrompus.


Que peuvent faire deux être amoureux à par devenir fous ?
Elle plante ses dents dans son oreille et arrache son lobe. Un râle sort de sa gorge tandis qu’il lui mange le cou, aspirant la chair et le sang. Tentant d’aspirer son âme.
Les larmes se mélangent au sang. L’ivresse de leurs retrouvailles redouble leur hargne. Elle lui mange son nez, il lui arrache un téton.
Leur raison est à des années lumières. Ils sont deux astres incandescents rentrant en collision et formant un trou noir qui aspire toute lumière autour d’eux. Ils sont deux personnages d’une légende grecque, qui se sont rencontrés à cause d’une malédiction. Acteurs d’une tragédie sans issue.
Leurs dents s’entrechoquent, tentant d’arracher ce qu’elles peuvent. Le fracas qu’elles provoquent est abominable. Leur visage est méconnaissable. A leur pied s’est formé un tas de tissus humains noyés dans le sang.
Ils se consomment mutuellement.
Ils mangent ce dernier repas de condamné à mort, repas composé réciproquement du bourreau qui les déshabille.


Il se passe encore quelques minutes avant que, remplis de l’autre, ils ne s’écroulent à terre, main dans la main.



Ils ont cassé le mur qu’ils croyaient infranchissable. Ils sont allés plus loin qu’aucun couple n’est jamais allé.
Car ils sont passés derrière les apparences, là où le mensonge est impossible, et la tromperie inexistante.
Pour la première fois, ils se sont vus tels qu’ils étaient vraiment, sans masque ou déguisement.
Ils ont vu l’Autre.
Puis ils se sont éteints, plus amoureux que jamais.
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