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Passager clandestin

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Murielle Aubry

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Cela fait deux jours qu’il travaille sans arrêt. L’homme responsable du conditionnement du merlan a des contractions au niveau de la bouche. Il a bu un café ce matin et mangé un morceau de pain avec du saucisson le midi. Depuis, il soulève et ressoulève sans relâche les caisses de poisson. Ses copains qui lui fournissent le travail parlent tout bas.
- T’as vu, il a un poisson vivant qui lui sort de la bouche !
- T’as abusé de la gnole !
Hubert, l’homme aux poissons tourne sa tête au dessus d’une poubelle et vomit un poisson. Les hommes sont médusés. Ils se dirigent vers lui et regardent dans le réceptable où les pêcheurs jettent tous les détritus des poissons. Hubert quitte l’arrière de la cale et se dirige vers le pont.
Les hommes sont tétanisés. Au fond de la poubelle une dizaine de poissons bien vivants s’agitent. Ce sont des sardines, alors que le bateau est rempli de merlans.
Un homme va rejoindre Hubert qui est assis sur la malle de secours. Il se décide à le questionner.
- T’as un problème Hubert ?
- Non...Euh, juste un embarras gastrique...ça va aller !
L’homme n’ose pas lui demander d’où sortent ces poissons. Hubert est rouge violacé et a les yeux exorbités.
L’équipage a arrêté de travailler et semble déstabilisé.
- Les gars font en parler au patron.
- Attends 5 minutes, il nous fait peut-être une blague.
- Une blague ! T’as vu sa couleur, il a les joues aussi foncées qu’une prune !
Hubert retourne près des caisses de merlan.
- Ouais, t’as raison, il a l’air malade.
Le capitaine s’approche, la vitesse du bateau est au ralenti.
- Hubert, arrête 5 minutes.
Celui-ci se précipite en sortant de sa bouche un poisson tout gluant.
Hubert soulève sa casquette, sort de sa poche un immense mouchoir bleu et blanc et essuie les gouttes de sueur de son front.
Sur le bateau, la température est de 5 degrés.
- Les gars, je crois que je ne suis pas en grande forme.
- Bon, Hubert, tu vas te coucher dans la cabine. Nous serons au port dans une heure. J’appelle tout de suite le médecin.
Le médecin de Vierville-sur-poisson, monte sur le vieux bateau, le plus célèbre de la ville car il pêche des quantités de poissons importantes.
Le médecin qui a le même âge que le bateau et connaît toutes les histoires farfelues des pêcheurs, garde toujours un flegme presque anglais.
Le médecin examine les sardines et demande au capitaine de sortir pour qu’il puisse examiner le malade.
- Quand il sort, il voit le capitaine.
- Eh bien, on peut dire que ce cas est rare, une indigestion décennale. Notre Hubert mange des sardines depuis l’âge de dix ans, alors son corps a dit stop. Les sardines en avaient assez d’être enfermées ! Je lui ai prescrit une huile du tonnerre, les sardines vont adorées.
Le médecin est parti en sifflant « un petit navire » et le capitaine s’est essuyé le front.

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Image de Marie Claire Suarez
Marie Claire Suarez · il y a
J aime le fantastique teinté de reel aussi mon vote pour ce texte etonnant.
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