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L'imagination est au service de la vérité  [+]

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Par chez nous, lorsque j’étais jeune, le diable ne faisait pas peur. Il était raillé même, et il avait des tas de petits surnoms méprisants. La liste est si longue. Nos contes et légendes le mettent dans bien des situations où il est roulé dans la farine par un paysan, ou par un saint local.

Sur nos terres, c’était surtout l’Ankou qui foutait la trouille. On raconte que c’est lui qui venait chercher le corps spirituel du défunt, l’âme de celui qui venait de tracer là son dernier sillon. On appréhendait d’entendre le couinement de la charrette de ce serviteur de la mort.

Le pire, disait-on, c’est qu’il vient juste avant le moment fatal. C’est alors que tout le monde s’interroge. Qui vient-il chercher ? Qui va mourir ? Ce doit être pour Job, celui qui traîne la maladie depuis cinq ans. Ou alors la vieille voisine, dont plus personne ne connaît ni le nom ni l’âge. C’est peut-être le bête accident domestique, qui va arriver pendant que l’on prépare à manger, et qu’on a laissé la petite seule près de la cheminée, avec sa coiffe toute en dentelle qui ne demande qu’à s’enflammer. Est-ce le vieux père, qui paraît s’étouffer à chaque quinte de toux ?

Heureusement, on vient tout juste de faire bénir le fer à cheval, au-dessus de la porte. C’était pas gratuit en plus ! Oui, mais le chat noir, celui que l’on a vu le matin même, ça a peut-être annulé la bénédiction.

Le lendemain, on s’apercevait avec compassion, mais aussi avec un grand soulagement que c’était le vieux Job, dans la maison d’en face, qui venait de trépasser. Le curé n’a pas eu le temps de lui administrer l’extrême-onction. Cela n’est pas bon signe, pour la famille. On pourrait les éviter autant que l’on pourra pendant une année, mais on aura bien besoin d’eux pour aider aux travaux de la ferme. Il y a bien la solution de payer un service au diable, le jour de l’enterrement, pour conjurer tout ça…

Bien entendu, pour vous, les gens de la ville, ce ne sont que de vieilles superstitions. Mais écoutez un peu cette anecdote, qui me revient en mémoire, du temps où j’étais môme. Je me souviens, il y avait un fou sur notre canton, du genre fou du village inoffensif. Il disait des choses que l’on ne comprenait pas toujours. Il avait comme des visions. Ce visionnaire proclamait qu’un jour, il y aurait des râteaux sur les toits. Je vous parle de ça, c’était du temps où l’on n’avait pas l’eau courante, on s’éclairait à la bougie, on dormait dans la même pièce que nos animaux. Cinquante ans plus tard, lorsque chaque maison a eu la télévision, je me suis rappelé de ce que disait cet illuminé. Ses fameux râteaux sur les toits, c’étaient les antennes télé, que l’on appelle d’ailleurs les antennes râteaux.

Alors bien entendu, se frotter les seins sur un menhir érigé, afin de favoriser la fertilité des jeunes femmes, pour vous, ce n’est que foutaises. Mais c’était une façon d’espérer. Tout cela est à l’image de certains messages sur vos réseaux sociaux, qui peuvent être remplis de solitude, de désespoir, de peur, de méchanceté, et même de haine, d’incertitudes et de fausses certitudes. Ne vous croyez pas plus malin. Je n’ai rien d’autre à ajouter.

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Long John Loodmer · il y a
Très bon les râteaux. Celui-là avait de sacrées connections avec l'au-delà

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