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Pas facile de se mettre à l'au

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Le ravi

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Fin mai.
Nous devrions pouvoir nous baigner sans problèmes, surtout en Corse du Sud ! Nous sommes seuls dans ce golfe de Pinarellu, à quelques kilomètres au Nord de Porto Vecchio : dit notre guide. Personne sur cette petite plage bordée de rochers roses, parfois bleus violacés, avec au loin et toujours une tour génoise qui veille sur nous – De quoi nous réjouir à l’heure où l’on n’attend plus grande chose des rencontres, bonnes ou mauvaises. L’eau est encore froide tant il a plu ce printemps... de plus, je suis frileux et j’ai passé l’âge de me faire mal.
Aujourd’hui il fait un temps splendide, un temps où soudain la vie semble belle et où tout paraît possible. Le sable est si beau, si fin, l’eau est si claire... de quoi se faire avoir une fois de plus. Il faut que je me risque, qui ne risque rien n’a rien.
Certains s’y précipitent d’un coup au péril de leur vie. Moi, je suis plutôt fragile, du genre craintif, je prends mon temps, j’apprivoise d’abord les pieds, ensuite j’effectue des marches d’approche, de droite à gauche, de gauche à droite le long de la plage en avançant progressivement vers le large, la ligne d’horizon. Au rythme de mon avance, l’eau atteint mes mollets, mes genoux, mes cuisses, ma taille. De temps à autre une vague plus haute vient me surprendre et me rafraîchir jusqu’au nombril. Il marque le point névralgique, la limite à laquelle je devrai prendre une décision : stopper ou poursuivre l’entreprise. Si je décide d’aller plus avant, je prends des initiatives, je force quelque peu la Nature, je me mouille, mes bras et ma poitrine, je m’asperge les épaules et la nuque pour amener mon corps à température, atténuer la différence thermique, éviter le choc. Le plus difficile est le dernier geste : plonger le haut du corps dans l’eau. Celui là je ne peux le faire progressivement. A ce stade, je dois me jeter à l’eau.
Le geste effectué, après un gros frisson : le bien être. Comme par hasard je trouve l’eau bonne... alors que depuis un moment je me prépare au froid.
Il faut parfois savoir se mouiller, se jeter à l’eau et nager... en sortir aussi comme l’on sort du bain. Ce n’est pas le plus facile.
M., ma princesse, s’est peu à peu dévêtue – façon de parler... si peu ! Elle est restée longtemps contemplative, évasive, assise sur un rocher à regarder la mer.
- Viens te baigner. L’eau est bonne – je n’ai pas dit "chaude" – C’est généralement ce que l’on dit lorsque l’on veut entraîner quelqu’un à sa suite... pour le meilleur ou pour le pire.
- Je n’ai jamais vu l’eau aussi claire... du sable si fin... dis je. Suffit-il que je le dise pour la convaincre ?
- Non, non. Tu m’as vue ? De quoi j’aurais l’air ? L’eau est trop froide. Encore une façon de s’en sortir ! Tout est bon pour se défiler !
- Il n’y a que nous, personne ne te verra.... Quel culot ! Je la vois... puisque j’en parle. Si nous réfléchissions à ce que nous disons ! Bien sûr que je l’ai vue, autrement nous ne serions là tous les deux, à un âge avancé, sans enfant, sur une plage de sable fin et ocre ! Mais est-ce que je compte encore ?
Ceci dit, quelques minutes plus tard, la voici en maillot, le haut recouvert d’un corsage. De mon côté, en aparté, je divague, je pense, tous mes sens en éveil : « Ne sois pas sage, dévoile ton corsage ». Ce pourrait être le début d’uns chanson de Brassens. Ce le fut : « Quand Margot défaisait son corsage pour donner la gougoutte à son chat... » Que de fois ne l’a-t-elle entendue sans que Brassens ne se doute des dommages collatéraux.
Le corsage est beau, il faut le reconnaître, noué au niveau de la taille, tout noir, constellé d’étoiles violettes. Plus bas le corps est dénudé, jambes, pieds et chevilles. Pourquoi ne les a-t-elle pas cachées ? Peut-être qu’elle ne pouvait faire autrement ? Difficile de rentrer dans l’eau sans se mouiller les jambes... et le reste ?
Elle avance prudemment dans l’eau. Chaque fois qu’une vague un peu plus haute pourrait l’éclabousser, elle tourne la tête et lève les bras à l’opposé, vers la plage, avec ce geste enfantin et élégant de jeune fille chatouilleuse qui efface les effets du temps. De toutes façons, le mal est fait, le bas du corsage est mouillé... elle n’a plus grand-chose à craindre de la vague et des yeux...
Sous l’eau elle s’est cachée, elle n’a plus froid. Elle semble avoir oublié qu’il y a quelqu’un pour la voir.
Elle rit et s’attarde. Le plus dur est fait.

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Sourisha Nô · il y a
comment ça zéro votes...???
putain j'en ai marre de voir toujours les meilleurs textes en fond de classement..!...ça m'énerve, parce que cette exploration de l'eau froide, comme elle est adroitement écrite...!...pffff...

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Sourisha Nô · il y a
fuck...! en plus j'ai appuyé sur "valider le vote" en oubliant d'appuyer sur le 3...!..c'est un comble.
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