Partir #2

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Écrire est un second souffle. Qu'importe la forme, nouvelle, poésie, scénario... pourvu qu'il y ait l'ivresse du mot  [+]

Image de Été 2018
« Il est au sein des bois, un charme solitaire... »*

Voilà comment commençait sa chanson. Ce n’était pas de lui bien sûr, mais combien étaient ceux qui, passant près de lui sans même un regard, s’en apercevaient?

Aux yeux du monde, il était invisible.

Sa musique se perdait dans le capharnaüm de la rue, parmi les claquements de pas pressés, les klaxons agacés et les sirènes hurlant de détresse, celle d’une société au bord de l’asphyxie.

Il s’en moquait. L’important n’était pas d’être vu ou entendu, mais d’être tout simplement. Il jouait, sur ce bout de trottoir, pour lui-même plus que pour un public. Car avoir un public, c’était attendre un assentiment, une sorte de passe droit pour continuer à chanter. Il n’en avait pas besoin.

Les cordes de sa guitare vibraient, stimulées par l’effleurement de ses doigts longs et fins, caresses d’amant. Une note de cet instrument suffisait pour comprendre que ces deux-là en avait passé du temps ensemble.

La route pour seule destination, il avalait les kilomètres comme d’autres s’empiffraient au fast-food. Esthète vagabond, il avait fait du ciel son toit. Sans nom, sans origine, sans port d’attache, il était de ses rares créatures que l’on ne rencontre que dans les contes. Sylvain parmi les Hommes, il en avait pris l’apparence sans en adopter les codes.

Il fuyait ce monde d’illusions et de faux-semblants, s’y perdait quelques fois, Petit Poucet sans cailloux, avant de retrouver ce ruban d’asphalte ou de terre qui le menait, il ne savait où, vers il ne savait qui.

La Société n’avait pas besoin de lui pour s’enfoncer davantage dans sa folie destructrice et il n’avait pas besoin d’elle pour exister. Indifférents l’un envers l’autre, ils continuaient d’avancer, se rencontrant parfois, sans qu’aucun ne parvienne à séduire l’autre.

Il existait pour lui-même et n’était rien de plus aux yeux des autres, qu’un parfum de cigarette sur un trottoir, une note de musique au coin d’une rue, une ombre sur une route.

Et c’était peut-être ça, la réelle liberté.

*Lord Byron
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