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- Un jour, je partirai et vous ne m’en empêcherez pas.
La menace avait été lancée un jour de tempête, après une engueulade. Une phrase que l’on balance par colère, un moyen de formuler une frustration, une peur, un manque. Une phrase qui, si elle blesse sur le moment, devient avec le temps anodine. Aujourd’hui pourtant, elle devenait vraie.
Les efforts de James et de Louise leur paraissaient tellement vains et absurdes, maintenant qu’Aurore était partie. Malgré l’amour inconditionnel qu’elle avait fait naître en eux, leur fille avait toujours été un mystère. Elle leur ressemblait si peu.
Elle n’avait ni les yeux de Louise, ni le sourire de James. Comme si lors de sa conception, elle n’avait pris d’eux que le strict nécessaire sans en adopter les marqueurs qui faisaient d’elle, aux yeux du monde, leur fille. Comme si elle savait à l’avance ce qui allait se produire, qu’un jour elle les laisserait seuls sans qu’ils ne puissent la retenir.
Louise réclamait justice. Elle n’y pouvait rien. Son chagrin dépassait ce qu’elle pouvait endurer. Elle aurait elle-même mit n’importe qui en prison si cela avait pu atténuer sa douleur. Pour continuer à vivre, elle la changea en colère. Elle y puisait une force qui lui permettait de tenir debout, de dissiper le brouillard qui l’enveloppait depuis le départ d’Aurore.
Au fond d’elle, elle savait que tout n’était qu’un accident. Que cet homme derrière son volant n’avait rien d’un criminel. Tout n’était qu’une affreuse succession de petits événements anodins mais qui avait conduit à la mort d’Aurore. Ce brouillard épais, ce chien traversant la route, ce coup de volant pour l’éviter. Lorsqu’elle ne se mentait pas à elle même, Louise avouait qu’elle aurait probablement réagi de la même façon. Ce coup de volant fatal, elle aurait très bien pu le donner elle-même.
Malgré tout, elle ne pouvait faire taire cette partie d’elle qui réclamait vengeance. Cette part-là voulait voir l’homme responsable de la disparition de sa fille, croupir au fond d’une prison. Cette part-là refusait d’accepter les excuses de ce chauffard et ne supportait pas ses larmes.
Sa colère était vaine. Elle pouvait crier, la bave aux lèvres, exiger justice et réparation, Aurore ne reviendrait pas. Elle était partie dans la brume d’un petit matin d’automne. En l’espace d’un instant, elle avait disparu.
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Lange Rostre · il y a
Malheureusement on ne peut pas refaire le passé ....
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Morgane · il y a
Non mais on peut améliorer l'avenir ;)
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