Parle ! [4/???]

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Le monde est feu.
Sous la course du renard, les cèpes s'endorment, les truffes s'assoupissent et les amanites baillent.
La terre se soulève, s'éclate, et se repose enfin. Une pierre carmine s'ébroue.
– Père et Mère se sont cachés à la place de tes yeux.
L'animal lève la tête, hume l'air, observe à gauche puis à droite.
– Plus bas, plus bas.
Braise rescapée, mine ardente, carnage en devenir.
La patte du goupil éclipse la funeste interlocutrice.
– Les comme-toi se sont enflammées pour créer un nouveau foyer. Les comme-moi ont perdu leur chez-soi alors tais-toi et éteins-toi.
– Père ? Mère ? Êtes-vous là ?
– Consume-toi.
– Père ? Mère ? Est-ce vrai ? Suis-je la coupable que tend à condamner la flamme-à-quatre-pattes ?
L'inclinaison de la pente en défaveur de la braise se clamant innocente, à nouveau sous le joug de la langue et des crocs du mammifère.
– J'ai vu ton père. Lui a tout dévoré. J'ai vu ta mère. Elle a tout digéré. Monstre de famille que voilà. Roules-tu sur leurs cendres ?
– Je roulerai là où tes griffes me pousseront.
– Éteins-toi.
– Cette nuit, les étoiles se sont décrochées...
– Car les comme-toi se sont soulevées.
– Notre libre-arbitre n'est qu'un soupir.
– Et ma tanière un souvenir.
– Ma présence te réchauffera.
– Ton absence me comblera.
Museau en direction du vent, griffes à portée de la mignonne, prunelle en face de cette dernière. Deux braises paraissaient se faire face. L'une fumait pendant que l'autre et sa jumelle étaient éteintes.
– Est-ce un non à ce que je n'ai pas demandé ? souffla la demoiselle, je suis petite, presque invisible, tu ne me remarqueras pas au milieu des fougères, m'oublieras parmi les cyprès, insignifiante que je suis !
– Perspicace pour une apprentie pyromane.
– Est-ce ma faute si ma nature est ainsi ? Je n'ai pas choisi de naître au premier mégot volé !
La princesse s'empourprait, reprenant des couleurs au fil de la conversation. Son habit noir délaissé, le vermillon la paraît à nouveau. Une brise s'échappa d'entre le museau du renard, faible tentative pour calmer le tempérament volcanique qui l'entourait.
Tu n'as pas à en rougir. Maintenant va, tu as d'autres forêts à brûler et moi une tanière à retrouver.
– Je m'en vais, je m'en vais. Je suis partie. Je ne suis plus là.
La dernière phrase de la perle rouge s'estompa avec la distance ; les arbres faisaient barrage entre ses mots et le renard. Les yeux de ce dernier ne quittaient pas la petite boule qui disparaissait derrière les feuilles mortes en les embrasant.
– Oups... pouvait-on l'entendre jurer après un dernier retour derrière elle, désolée.
Le rouquin poussa un long soupir.

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Jo Hanna · il y a
Un peu tragique je trouve mais toujours très beau ! J'aime beaucoup le style.
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Suko · il y a
De la tragédie ? Où ça ?!?
C'est marrant, j'ai jamais vu le côté tragique, moi ! xD

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Jo Hanna · il y a
Je sais pas trop, c'est les dialogues qui m'ont donné ce sentiment.
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Suko · il y a
Une certaine mélancolie peut-être (pardon, c'est juste que pour moi, parler ici de tragédie c'est... Un peu extrême. Désolée, quand on a bouffé des amphis sur la tragédie, on ne perçoit plus le mot de la même manière, je crois ! xD)
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Jo Hanna · il y a
Oui peut-être, pour moi tragique et tragédie ne vont pas forcément ensemble (mais c'est un avis comme un autre ^^)
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Suko · il y a
L'heur n'est pas à un nouveau débat similaire à celui de La planète au trésor, ma belle !
Pas encore.

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Jo Hanna · il y a
Non non, pas de débat ! Mais je regarderais La planète au trésor, rassure-toi.
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Mick · il y a
Ce texte là pourrait prétendre à participer au Grand Prix. Vraiment. Ton texte est une vraie petite fable, avec ce renard et cette petite petite boule. Il y a quelque chose de tragique dans cette rencontre entre le feu et l'animal. La forêt qui brûle au beau milieu disparaitrait presque à leurs faveurs.
Moi j'dis juste chapeau pour ce texte. De très belles sonorités là encore.

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Sauvagere · il y a
Je comprends qu'entre Mick et Suko, ça fasse des étincelles !
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Suko · il y a
Whut ? Whut ? Whut ? xD
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Suko · il y a
Muh arrête tu vas me faire rougir ! ><"
(C'est que j'ai pas l'habitude des compliments, m'voyez, surtout qu'à ce jour, ben t'es l'un des premiers à poser les yeux sur ce fragment... Je crois même que tu es le premier vu que j'avas dû faire lire les trois premiers fragments à une seule pesonne auparavant, et encore, peut-être seulement le premier !)
Mais oui, j'adore Braise (tu remarqueras que je ne me suis pas foulée sur les noms ; le renard s'appelle Renard et la braise, Braise. Encore un brainstorming de folie ce jour-là.)

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Mick · il y a
Pour le coup, la simplicité des noms me semble efficace et donne une identité à de simples mots.
Je suis honoré d'être le premier à pouvoir lire ces textes, car très franchement je te redécouvre ici et ça sauve largement ce que j'ai pu lire précédemment (oui, décidément je digère mal ton "caca" xD). Juste comme ça, des courts textes de ce genre, tu en as a peu près combien à nous proposer dans un futur proche ?

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Suko · il y a
Ben j'avais un peu oublié l'existence de ces textes, le dernier en date est d'octobre 2015. C'est le genre de fragment que j'écris ponctuellement (mais rien d'étonnant à ce que je n'ai rien écrit de la sorte depuis octobre, sigh). Mais vu que depuis avril je recommence à aller fouiner dans mon dossier Ecriture (c'est là que dort De fientes et de plumes), ben j'ai tout naturellement recroisé la route de ces fragments, grr.
Mais laisse ma fée tranquille, moi je l'aime comme elle est ! xD
Et oui, pour la simplicité je voulais quelque chose façon St Exupéry (bon, tu connais mon amour pour Le Petit Prince, je vais pas te faire un dessin).

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