Pardon

il y a
2 min
3
lectures
1
J’exulte ! Je viens de décrocher une promotion. J’ai vingt-quatre ans, une épouse et un petit garçon. Je viens d’être nommé Chef de Produit dans une grande chaine de cafétérias. J’ai fait beaucoup de sacrifices pour en arriver là. Au siège de la société, mon bureau jouxte celui du directeur des ressources humaines, et du PDG.
Suprême honneur : Mon nom est affiché sur la porte.
Je suis fier, je suis jeune, plein d’espoir et con.
Mon calvaire commence le jour où j’apprends que mon homologue exerce un droit de cuissage sur certaines employées. Comme je leur semble gentil et protecteur, elles viennent pleurer dans mon giron pour que cela cesse.
De quoi je me mêle ?
Je viens de décrocher le poste de ma vie, et je vais tout foutre en l’air en partant en guerre contre le DRH ?
Je vous l’ai dit, je suis con !
Vêtu de mon armure immaculée et de mon nouvel étendard, je vais donc voir ce monsieur dans son bureau pour lui faire part des plaintes qui m’ont été adressées, et que j’espère fausses. Il me prend de haut, jure de me casser et me promets le pire.
A peine promu, à peine déchu ? C’est mal me connaître !
Je prends rendez-vous auprès du PDG qui me reçoit comme son propre fils. Il est très satisfait de mon travail, et me promets un bel avenir dans sa société.
Ça, c’était avant que je ne lui expose les bases de mon problème.
Mon problème, parfaitement ! Car, dans ma logique, pour que ma réussite soit pleine, il est nécessaire que la société qui m’emploie ainsi que ses dirigeants soient exemplaires !
Deux jours après, la police frappe à la porte de mon domicile. Me voici menotté et placé en garde à vue. Tout cela se passe devant ma femme et mon petit garçon.
Le motif évoqué me cloue sur place : Agression sexuelle sur mineures dépendantes de l’autorité. En clair, par l’entremise d’attouchements poussés, j’aurais abusé de la crédulité de deux gamines effectuant un stage dans l’entreprise.
Horrifié, je me défends, je crie mon innocence, je rue dans les brancards ! Peine perdue.
Je perds mon boulot, ma femme et mon fils.
Je suis piétiné, relégué au ban de l’infamie, menacé de mort par les proches des petites « victimes ». Lors de notre confrontation, alors que j’espère de leur part un sursaut de bonne conscience, ces dernières me bravent du regard et renouvellent leurs monstrueuses accusations.

Je suis crucifié, mortifié, anéanti.
Tout mon être saigne.
J’entrevois mon rêve de réussite sociale s’évanouir dans le néant. J’ai honte du regard que les gens posent sur moi. Mes proches me fuient. Pas une épaule ne se présente pour me soutenir.
J’ai le cœur dévoré par l’ignominie de cette accusation.
Mon désespoir est grand, bien trop grand.

***

Je suis là assis sur ma tombe, et je regarde au loin deux personnes emprunter l’allée qui mène à celle-ci.
À leur approche, je les reconnais. Ce sont mes jeunes accusatrices.
Elles s’arrêtent devant ma stèle où mon nom est gravé en lettres d’or.
Elles paraissent tristes.
Elles déposent sur la semelle de la tombe une petite plaque en plexiglas décorée d’angelets et de petits cœurs roses. Il y est écrit en caractères noirs :


PARDON
1

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Bien que le déroulement des faits soit un peu accéléré, cette histoire est hélas plausible, et l’engrenage peut se mettre en route ; le « repentir » des deux jeunes cruches qui ont détruit la vie du jeune homme est hélas tout à fait plausible aussi.
Je regrette que l’histoire soit un peu expédiée et que ce soit un mort qui parle, mais sans cette tournure la chute en forme de plaque funéraire n’aurait pas été possible.