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Paraît-il

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Benoit Gautier

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FINALISTE
Sélection Jury

Dans le miroir avec spotlights, j’observe mon visage. Une maquilleuse matifie mon bronzage à coup de terracotta. La poudre Sun Celebration qui pulse le tout Hollywood, telle la cocaïne, son mental. Moi, j’étais plutôt dépendant au LSD. Vous, on raconte que vous buvez beaucoup. Qu’il vous faut deux maquilleuses. L’une qui vous grime pendant que l’autre vous tient la tête parce que vous dormez, récupérez de vos nuits d’Italien. J’envie votre désinvolture européenne, Marcello. Moi, Cary, l’Anglais devenu yankee jusqu’au bout de mes ongles manucurés, je me contemple. Mes traits se sont empâtés. Ma peau brûlée aux UV rend phosphorescente la neige de mes cheveux. Belle tignasse encore. Sur mon nez, après l’illusion du make up et l’auréole du nuage de laque, des lunettes à monture rectangulaire. Un peu celles que vous portez en noir et blanc dans 8 ½, si loin du Technicolor de La Mort aux trousses. Vous, aérien dans une science-fiction psychanalytique. Moi, à bout de souffle dans un blockbuster sentimental. Deux chefs-d’oeuvre avec les deux plus grands acteurs du monde, paraît-il.

Marcello, je suis jaloux de votre regard quand vous tapotez votre nez au-dessus de vos verres fumés dans 8 ½. J’ai l’impression que de l’index, vous faites un doigt d’honneur à la terre entière, à l’industrie du rêve, à moi surtout, le pauvre bougre de La Mort aux trousses qui a peur des dames, comme Hitchcock. Avec votre air de ne pas y toucher, Fellini a fait de vous un chaud lapin, un tombeur impérial. Coiffé d’un chapeau qui hésite entre le curé et le cow-boy, nu dans un drap avec fouet au poing, vous matez les femmes de votre vie : matrones, nymphettes, prédatrices, sylphides, vieilles, jeunes, moches, sublimes, toutes raides dingues de vous !

J’ai toujours pressenti que le « 8 » du huitième film du Maestro représentait avec ses boucles la spirale infernale de La Divine Comédie de Dante, et Claudia Cardinale, apparition baignée de lumière, Béatrice la rédemptrice. Marcello, j’ai des envies de vieux continent, de péninsule, des désirs de mythologies. Je nous imagine en complet sombre, chemise blanche et cravate noire devant la fontaine de Trevi. Vous, un chaton blanc dans la main. Moi avec un verre de lait, le point commun entre Soupçons et La Dolce vita. Devant nos yeux exorbités et nos langues à la Tex Avery, les mamelles d’Anita Ekberg. Vous, Romus. Moi, Romulus. Nous tétons ses nichons gigantesques. Gloutons, repus, ensemble. Les deux plus grands acteurs du monde, paraît-il.

PRIX

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Marjolaine · il y a
Bravo pour ce beau texte..et votre réussite au concours Télérama ;-)
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Anis Etoilé · il y a
Style et précision, j'adore, vivement que j'achète en livre, en e book, en lecture ...
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Solange Dray · il y a
Ah voici du style ! Et un sujet, voire deux, parfaitement maîtrisés ! Merci
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Benoit Gautier · il y a
Merci Sol, Star des lectures et des votes ! B
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