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Par Une Nuit Sans Lune

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Sophie H.

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C’était une nuit parfaite pour regarder les étoiles. Bien sûr, le sol était encore mouillé de la pluie de la veille et Thomas pouvait sentir la boue froide se presser contre sa peau, un cataplasme géant qui ne demandait qu’à l’envelopper, mais le ciel était clair, dégagé, et la lune était absente.
Ici, si loin de toute ville, village ou même habitation, la seule lumière parasite provenait du téléphone de Thomas, et sa batterie avait rendu l’âme il y avait déjà bien vingt minutes.
C’était ce qui se passait quand on partait en soirée en oubliant de le recharger avant.
Mais ce n’était pas un problème. Enfin, plus maintenant. Thomas n’avait pas vraiment de gens à contacter — il n’avait jamais connu son père, et sa mère était décédée lors de sa deuxième année d’université. Il n’était pas le genre à contacter ses amis au milieu de la nuit ou à bombarder les gens de SMS non plus, et Hugo, son fiancé, était là avec lui.
Hugo l’avait demandé en mariage lors d’une nuit comme celle-ci. Il s’en souvenait comme si c’était hier : Hugo avait allumé tellement de bougies pour créer une ambiance romantique qu’ils avaient bien failli accidentellement mettre le feu au jardin de ses parents, mais même cela n’avait pas pu éclipser ce que Thomas avait ressenti en voyant Hugo se mettre à genoux et sortir l’anneau.
Anneau qu’il portait maintenant d’ailleurs, un cercle froid autour de son annulaire droit. Le faisant tourner d’un air distrait, Thomas sourit.
A tâtons, sa main alla trouver celle d’Hugo. Il grimaça, la trouvant froide. Hugo avait toujours eu de terribles problèmes de circulations, et l’air froid de cette nuit de printemps n’aidait probablement pas les choses.
Au-dessus d’eux, un bref éclair de lumière attira son attention. « Regarde, Hugo ! Une étoile filante ! » Et il n’y en avait pas qu’une. Une deuxième, puis une troisième traversèrent le ciel en l’espace d’un instant. Il leva la main vers le ciel pour les suivre du doigt, entraînant le bras d’Hugo avec lui. Le mouvement lui étira l’épaule douloureusement, causant comme des crampes dans sa poitrine.
Thomas laissa son bras retomber, les larmes aux bords des yeux tant cette douleur inattendue avait été intense.
« Fais un vœu, » il réussit à dire dans un souffle.
Hugo ne lui répondit pas, et Thomas se mit à froncer les sourcils. Un doute impensable naquit dans son estomac, et Thomas se força à se hisser sur ses coudes. Son bras gauche le lâcha presque et il dû s’arrêter avant d’être complètement redressé parce qu’il avait la tête qui tournait.
Il lui était impossible de savoir combien de temps il lui fallut pour finalement s’asseoir et se tourner vers Hugo. Il voulut secouer la tête — ses cheveux devaient être couverts de boue, puisqu’il sentait quelque chose lui dégouliner le long de la nuque et sur le front — mais se rappelant son mal de crâne, changea d’avis.
« Hugo, appela-t-il doucement. Réveille-toi. »
Grognant de douleur à travers des dents qu’il avait serrées, Thomas secoua l’épaule de son fiancé. Pas de réponse.
Une seconde tentative, plus énergétique cette fois-ci, lui donna le résultat escompté.
Et Thomas souhaita instantanément qu’il n’eut rien tenté. Son mouvement avait fait tomber la tête d’Hugo sur le côté, dévoilant une plaie béante qui lui mangeait la moitié du visage.
Comme une odeur de sang atteignit ses narines, âpre et nauséabonde, et Thomas eut un haut-le-cœur.
Mais cette odeur, combinée à la vision cauchemardesque qu’il avait devant les yeux, fit d´clic, et soudain, il se rappela de tout.
La voiture, dérapant sur la route jusqu’à en sortir complètement en essayant d’éviter un chevreuil.
L’arbre qu’ils n’avaient pas vu venir en travers de leur chemin.
Un arrêt si soudain qu’il les avait propulsés à travers le pare-brise et jusqu’à cette espèce de clairière.
Ses doigts ensanglantés tentant frénétiquement de déverrouiller son smartphone, un espoir vain au final.
Et Hugo n’était pas son fiancé, il était son mari. Depuis ce matin. Ils avaient passé la journée à fêter ça avant de partir tous les deux, tard dans la soirée vers leur lune de miel.
Une destination qu’ils n'atteindraient jamais maintenant.
Jusqu’à ce que la mort nous sépare, ils s’étaient promis il y avait seulement quelques heures. Cette mort était venue trop vite. Hugo n’avait même jamais vu les étoiles filantes vers lesquelles Thomas avait pointé.
C’était comme si un voile s’était levé. D’un seul coup, la douleur était de retour, si intense que Thomas se demanda comment il avait pu l’oublier ne serait-ce qu’un instant.
Il l'accueillit à bras ouverts, souriant de soulagement en réalisant ce que celle-ci essayait de lui dire.
« Viens, elle murmurait, un son que lui seul pouvait entendre. Viens, rejoins-moi, laisse-toi aller. Tu le rejoindras bientôt. Bientôt... »
Il ferma les yeux, et la douleur se tut.
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Doria Lescure · il y a
voilà une œuvre qui aurait eu toute sa place dans la catégorie "court et noir" mais comme on ne pouvait en proposer qu'une seule...
Le ton est donné avec une fine progression et l'horreur de la situation nous cueille en même temps qu'elle surgit dans l'esprit du personnage.
Un très bon récit qui aurait largement mérité les honneurs du prix.
Vous m'aviez fait l'amitié de venir sur mes lignes alors si aujourd'hui cela vous tente encore, je me suis essayée à l'exercice du prix Imaginarius dont le thème imposé était "les ombres"avec mon récit "sur le mur d'en face", où vous êtes la bienvenue.

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Miraje · il y a
Une chute silencieuse sur une union de courte durée ...
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Aurélien Azam · il y a
Encore une fois un texte très bien écrit, avec sa lente et inexorable progression vers un dénouement que l'on devine rapidement morbide. J'ai adoré la comparaison de la gangue de boue à un sparadrap géant : c'est original, et finalement ça condense toute la force de ce texte en quelques mots !
Attention aux fautes de frappe/orthographe :I il y en a quelques unes qui traînent, ça prouve que tu écris vite !
Et encore une fois, bravo pour cette nouvelle, Sophie :)

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Sophie H. · il y a
Merci !
C'est probablement l'ordi du Cic, je suis pas habituée au clavier espagnol :p

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