Par le trou de la serrure

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Ses doigts fins enserrent la lettre. L’un d’eux est cerclé d’un magnifique anneau d’or. Les ongles sont soignés et vernis de rouge.
La pression sur la missive est douce. Madame s’attarde sur les mots. L’écriture, régulière, ronde et appliquée, a gommé toute spontanéité. J’imagine qu’elle est le fruit de multiples brouillons et ratures jetés, d’un geste rageur, dans une poubelle. Un léger tremblement apparaît soudain. Certainement la conséquence d’une émotion plus forte à la lecture du passage sensible. Les mots la troublent. J’imagine... Elle esquisse certainement un léger sourire de contentement. Ses joues devenues plus roses doivent la rendre encore plus belle.
Calée dans un fauteuil rouge elle relit chaque mot comme pour mieux s’en imprégner et ne jamais oublier. Derrière elle un léger voilage – de lin semble-t-il- ondule au gré d’une douce brise. La fenêtre ouverte laisse entrer la lumière qui s’étire jusqu’à la main de la jeune femme.

Soudain une porte claque qui la fait sursauter. Des pas précipités se rapprochent. Je devine l’entrée de Jérémy.
- Tu ne vas pas me croire ! Grève surprise des aiguilleurs du ciel. Notre avion est resté cloué au sol.
- .....
- D’autant plus regrettable que mon co-pilote et moi même avions mis en place le plan de vol. Nous avions évalué les différents paramètres : les conditions météo étaient bonnes ; nous avions fait le plein de carburant pour notre vol jusqu’à Miami. Tout était prêt..... Les instruments de navigation avaient même été soigneusement vérifiés. C’est inimaginable !.... Comment peut-on ?... Je suis furieux !....
C’est incroyable !... Nous étions en train de rentrer les données dans l’ordinateur de bord quand on nous a annoncé que l’avion ne décollerait pas....
- Pauvre chéri !....
Soudain un battant de la fenêtre claque. Un violent coup de vent annonce l’orage. La lumière s’assombrit.
Discrètement la main replie la lettre dans la poche de ce que je suppose une jupe. L’épouse est déstabilisée. Alors qu’elle se délectait des mots les plus doux, elle est arrachée à son rêve de manière brutale.
Elle se lève, lui tourne le dos comme pour mieux lui signifier la distance qui se glisse entre eux deux. J’aperçois sa taille fine qui nourrit encore plus ma jalousie.


Tant pis !... Je ne peux plus résister. J’ouvre la porte avec violence. Je croise immédiatement le regard livide de l’homme que j’adore. J’aurais aimé le lui crier. Mes mots restent bloqués dans ma gorge. Je suis tétanisée par ce scénario inattendu.
Avec la maitrise qui le caractérise si bien dans son métier, il s’avance vers moi.
- Mais enfin, Adeline, qu’est ce qui vous prend ? Comment osez-vous entrer sans frapper ?
- .....
L’épouse interroge Jérémy du regard puis se tourne vers moi. Comment une employée modèle, telle que moi, peut se permettre un tel dérapage ? Je vois s’installer en elle un certain doute....
C’est trop. Je jette un regard assassin à Jérémy et quitte la pièce avec précipitation.
Si j’avais plus de force je lui dirais qu’il est temps pour lui d’ouvrir les yeux. Sa femme le trompe. J’en ai la preuve. Elle cache une lettre d’amour dans sa poche. Sans avouer, bien sur, que, l’ayant découverte avant elle, j’en connais le moindre mot....
Mot d’amour que j’aurais tellement aimé recevoir....
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