Par la fenêtre fermée

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Le futur n'est pas encore écrit, il le sera en fonction des choix que nous faisons dans le présent  [+]

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Par la fenêtre fermée que je ne peux ouvrir, je regarde la cime des arbres agitée doucement par le vent. Ce carré de ciel bleu azur qui m'attire et me fait rêver à un monde meilleur. Une vie de liberté et d’insouciance. J'ai besoin d'air, de respirer, j'étouffe dans cette atmosphère étriquée qui sent le renfermé.
Un aigle plane, semblant me regarder avec une lueur de défi dans les prunelles, comme une invitation à le suivre. Un arc en ciel illumine la voûte terrestre de ses couleurs chatoyantes, toutes les conditions sont réunies pour faire un vœux. Je me lance et tente je n'ai rien à perdre mais tout à y gagner.
Je ferme les yeux très fort, très fort et je souhaite du plus profond de mon âme voler aux côtés de cet oiseau majestueux dans le ciel de printemps.
Et voilà que mon vœux se réalise, je me retrouve miniature créature à califourchon sur cet aigle, m'agrippant à son cou, mes mains dans le chaud duvet à l'abri du froid de l'altitude. J'aspire goulûment cet air frais et pur qui me brûle les poumons et me fait tant de bien. J'ai l’impression de me sentir vivante.
L'oiseau ne semble pas gêné par ma présence, il tournoie dans le ciel, descend en piquet vertigineux, je suis grisée par sa vitesse et sa puissance.
Il survole les champs de blé, les bourgeons commencent à percer sur les arbres qui s’éveillent de leur sommeil hivernal. Les moulins en haut de la colline déploient leurs ailes inutiles dans la douceur d'un soleil timide.
Surplombant le village, la vieille église se dresse fière et imposante depuis plus de quatre siècles. Elle en a vu passer des cérémonies, des mariées dans leur robe de soie blanche, des enfants courant sur son parvis, des vieillards partant pour leur dernière demeure. À présent, elle n'est plus qu'un vieux tas de pierres, lézardée par le temps, recouverte par le lierre et croulant sous le poids des ans, un monument à l'abandon que les hommes ont renié.
Nous survolons une école, les enfants sont dehors, ils crient et rient en courant, j'aimerai les rejoindre dans leurs jeux insouciants. Je m'imagine à leur place, le vent jouant dans mes cheveux, caressés par la douceur du soleil. Je me laisse porter par un sentiment de plénitude et de toute puissance.
Ma monture s’approche d'un chemin en rondins de bois qui invite à la promenade dans la forêt. Sur le côté une petite cascade se déverse dans la rivière aux couleurs azurées. Un paysage zen et propice à la détente.
Un bouquet de senteur m'envahit, je ferme les yeux pour profiter des odeurs de mousse, de champignon et d'herbe fraîchement mouillée. La forêt aux grands arbres centenaires m'attire, j'ai envie de déambuler dans ces chemins de randonnée, de gravir les rochers et les racines pour atteindre le sommet. L'aigle continue son ascension, un chevreuil traverse le chemin d'un bond majestueux puis nous surplombons la cime des arbres et je reconnais le paysage que nous avons survolé au début de notre périple. J'aspire à plein poumon une dernière bouffée de cet air si précieux qui va bientôt me manquer.
Tout disparaît autour de moi, je me sens comme attirée vers ma chambre à la fenêtre fermée que je ne peux ouvrir. Allongée dans un lit, la tête pleine de rêves, d'images, de sensations et de senteurs qui perdurent quelques instants encore au creux de ma mémoire.
L'arc en ciel s'est estompé dans le ciel de printemps et une araignée a tissé sa toile de soie dans un coin du vieux volet de bois, la pluie en a parsemé les fils de milliers de gouttelettes argentées qui brillent au soleil comme des étoiles au firmament.
J'ignore s'il s'agit d'un rêve ou si mon vœux s'est réalisé, mais il me suffit de fermer les yeux pour revoir les magnifiques paysages éphémères et furtifs que nous avons explorés.

Bien des années plus tard, une amie m'a emmené en promenade à la campagne. À travers les vitres de la voiture j'ai découvert la vieille église abandonnée et les moulins au sommet de la colline tels que je les avaient aperçu lors de mon voyage sur le dos d'un aigle.
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