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Par dix-huit mètres de fond

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Desiderata

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Un instant après avoir subi la collision, le bus plongeait dans la rivière.
J'entendais hurler les autres passagers. On a touché le fond, le lit de la rivière et mon seul espoir était qu'il ne devienne pas mon lit de mort. Un jeune homme s'est écrié : "On va tous mourir !" et la panique s'est répandue. L'eau a commencé à s'infiltrer de partout, il nous restait cinq minutes, probablement.
- Silence !
C'est moi qui ai crié.
- Écoutez-moi !
Tout le monde s'est tu.
- Choix n°1 : on meurt lamentablement et dans d'atroces souffrances. Choix n°2 : on fait le nécessaire pour survivre. Moi je veux vivre alors on va faire ça correctement, OK ?
J'ai reçu pour seule réponse une myriade de hochements de tête et de regards apeurés.
- Bon. Je vais briser la vitre de secours du toit. Une fois que j'aurai fait ça, l'eau va s'engouffrer alors vous devrez prendre votre respiration et vous cramponner. On fera d'abord passer les enfants, les personnes âgées et les personnes lourdes. Vous allez devoir remonter de plus ou moins quinze mètres alors si vous paniquez vous n'aurez pas assez d'air, donc, pas de mouvements brusques. Je sortirai en dernier avec le conducteur.
Le pauvre était évanoui et avait le front ensanglanté, il avait dû se heurter violemment au volant au moment du choc.
- Allez ! Vous êtes prêts ?
Je brisai la vitre en trois coups de marteau et m'empalai la main sur un tesson de verre.
Immédiatement, les passagers se mirent à sortir et à remonter vers la surface. À présent le bus était totalement rempli d'eau.
Je saisi le conducteur sous les bras et m'apprêtai à sortir à mon tour lorsque j'apperçu une jeune fille coincée. Je la tirai à moi et nous réussimes à la dégager. Elle s'accrocha à mon cou et nous commençâmes la montée. Elle me fit signe tout à coup : il y avait un corps en suspension dans l'eau froide. Sans plus réfléchir, je l'attrapai et nous repartîmes. Nous montions lentement et notre poids nous retenait comme une mouche engluée dans du miel. Mes yeux se voilaient, j'entendais chacun de mes battements de cœur comme un tambour à la base de mon cou. Dans un dernier élan, je propulsai nos quatre corps vers la surface.
La lumière m'aveugla et un torrent d'air frais me brûla la gorge. Je voulus crier à l'aide mais seul un murmure réussit à s'échapper. Je me mis à battre des pieds vigoureusement et à bout de force je nous échouais sur la rive.
Des mains nous hissèrent hors de l'eau. Je regardai autour de moi. Tous les passagers étaient assis sur le béton rugueux et je tenais dans mes bras la femme enceinte avec qui j'avais parlé à la gare routière, il y a une vie. Elle respirait, faiblement, mais tout de même, elle était en vie !
Des pompiers et des ambulanciers arrivèrent peu après et l'on s'occupa du conducteur. La jeune fille d'un bus était serrée tout contre moi, elle ne voulait plus me lâcher.
Je remarquai alors une large tâche de sang sur son chemisier trempé, je pris peur avant de remarquer que ce n'était pas son sang mais le mien. J'avais toujours ce fameux morceau de verre planté dans la paume. C'était un monstre transparent d'au moins quinze centimètres. Les pompiers nous firent monter dans leur camion. En route pour l'hôpital, sirènes hurlantes. Elle m'a fait rire lorsqu'elle a tout bonnement refusé de me laisser partir seule.
J'ai par la suite reçu de nombreuses lettres me remerçiant pour ce que j'avais fait là bas, sous l'eau, par dix huit mètres de fond.
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