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Pandora

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Les frontières se sont fermées l’une après l’autre, le monde se recroquevillait et il a fallu partir, vite. Du bout du monde, partir seul, pour prendre refuge, dans la gueule du loup. Il a fallu attendre, dans un pays qui avait peur, dans une ville désertée, attendre seul, sans elle, sans savoir comment la revoir.

Je l’ai rencontrée à Kutapalong, le plus grand camp de réfugiés de la planète, dans le golfe du Bengale, sur la péninsule de Cox’s Bazar, au Bangladesh où je travaillais, où elle était de passage. Il a suffi d’un regard ce jour-là, sans un mot, et parmi tant d’inconnus, pour comprendre qu’il me fallait la revoir. Quand ? Le lendemain, après ce serait trop tard.

Le lendemain apprendre que son nom n’est pas le sien, remarquer cet anneau que j’avais sûrement choisi de ne pas voir. Personne n’aurait jamais rien su, mais il ne fallait pas, nous le savions. Planter une graine le temps d’une soirée, malgré nous, puis se quitter à l’aube, les yeux fatigués, sans jamais l’avoir touchée.

Quelques jours ont passé, la graine a germé, si vite et si fort, qu’il a bien fallu se revoir encore. Où et quand ? Au plus vite, elle reviendrait, pour moi disait-elle. Tout était déjà écrit, tout était dit, avant même son retour, il n’y avait plus qu’à cueillir le fruit, et le savourer ensemble, quelques semaines au jardin d’Eden, avant que la vie des autres nous rattrape. Elle a dû repartir, dénouer les liens qui la retenaient là-bas en Amérique.

Avant qu’elle reparte j’aurais voulu sceller la chose, mais il n’y avait pas assez de temps. Alors des promesses, et un serment : je l’attendrai, ça ne durerait pas puisqu’elle reviendrait vite, puisque rien ne pourrait plus nous séparer.
Puis l’impensable est arrivé, un fléau auquel personne ne croyait, qui devait durer des semaines et a duré des mois, pendant lesquelles elle est tombée malade. Ses nuits fiévreuses sont devenues les miennes, et j’ai fait ce que j’ai pu pour lui cacher mon désespoir, derrière ce petit écran que j’ai voulu briser tant de fois.

Après la sidération, reprendre espoir, élaborer un plan. Se retrouver, peut-être, pourquoi pas, sur une île, qui par miracle était encore accessible. Trouver un toit, se procurer des billets, et attendre, attendre encore, en espérant que le vent ne tourne pas une nouvelle fois.

Sortir du tunnel après un train sous la mer. A l’arrivée en cas de problème, nous n’aurons pas de visas, pas des papiers pour prouver cette histoire, et pourtant ça crève les yeux, si seulement vous la voyiez, vous comprendriez.
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