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Pacifique

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Gth

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Le 14 juin 1938, Adrien Longeot, alors âgé de 37 ans, ne monta pas dans le bus qui, depuis quinze ans, tous les matins à 8h 34, le menait de son appartement au bureau d’achats de l’entreprise Lemaire & Fils où il était comptable.
Ce 14 juin il ne savait pas encore que deux mois plus tard il se retrouverait sans le sou à Tahiti, débarquant d’un cargo qui faisait le cabotage entre les îles.
Tahiti, il en rêvait depuis son adolescence, depuis que son parrain lui avait offert pour ses neuf ans une encyclopédie, seul livre qu’il eut jamais. Le soir, en rentrant de l’école sans faire de bruit pour ne pas déranger son pére couché, il ouvrait l’encyclopédie sur son bureau, toujours à la même page, celle du Pacifique et restait ainsi jusqu’au diner.
Peut-être, en regardant partir le bus, pensait-il à Yvonne, sa femme rencontrée seize ans plus tôt à un bal du quatorze juillet. Yvonne si propre, si précise, si économe, si rangée, si grise, si différente de Simonetta, la grosse patronne italienne du café du port qui l’embaucherait six mois plus tard comme serveur avant de l’accueillir dans son lit un soir de cafard.
Et donc la guerre, lui qui avait étè saoûlé des exploits guerriers de son pére, il la passerait derriére un comptoir à laver des verres et servir des picon bière aux matelots de passage.
Mais avant de mourir fin 1954 d’une attaque cérébrale, provoquée par l’alcool, il retrouva enfin la chaleur du soleil de sa première enfance, lorsque ses parents l’avait laissé en nourrice chez sa grand-mére à Porqueyrolles. Souvent le soir, assis sur la terrasse devant le lagon, fermant les yeux, il confondrait le Pacifique et la Méditerranée.
Enfin apaisé.
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