P L A T S K A R T NY, transsibérien en 3ème classe.

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Bienvenu(e)s! Comédienne depuis près d'une dizaine d'années (d'abord en France, puis en Angleterre), la fibre artistique s’exprime aujourd'hui par le biais de l'écriture. D'abord exutoire  [+]

La chaleur et la suffocation qui nous ont saisies dès les premières marches grimpées péniblement semblent se dissiper peu à peu. Seule reste l’odeur. Frappante par son coté inédit, mélange acre de transpiration sèche et de draps propres que l’humidité a liés. Le mince filet d’air s’échappant de la fenêtre supérieure semble faire son effet. Un temps seulement.
Délivrant nos épaules rougies par le poids déjà trop lourd de nos sacs, c’est avec un œil curieux, presqu’enfantin que nous découvrons ce qui sera notre lieu de vie pour les 5 prochains jours. Transition brutale. Adaptation immédiate. La promiscuité est telle que l’on se sent presque d’ici. Pas de touristes aux alentours. Nous seules. On nous scrute d’abord, on nous dévisage, tout le compartiment semble s’interroger sur notre présence puis chacun reprend son activité comme trop occupé pour qu’on les dérange vraiment. Un champ de matelas et de linges clairs se déplient et semblent danser sous nos yeux quelque peu ébahis. L’excitation est à son comble. Le vrai départ se fait ici. Par mimétisme, donc, aménager sa couche.

C’est finalement très vite que nous quittons le quai moscovite pour nous retrouver entourées de verdure et de forêts. Avec la vitesse, l’air se fait moins rare. Le wagon est calme à présent, on distingue seulement quelques bribes de conversations russes au loin, comme des habitués réglant les derniers préparatifs que nécessitent un long voyage.
Le train marquant souvent l’arrêt, c’est l’occasion de descendre faire marcher ce corps engourdi par l’inaction mais surtout de profiter de véritables petits marchés s’animant à même le quai, avec leur lot de senteurs, de couleurs et d’ingrédients très certainement familiers pour eux, mais qui nous apparaissent des plus surprenants.
De vrais piques-niques généreux et variés s’organisent à bord sous forme de petits groupes assis sur les lits des uns et des autres. La vie en communauté dans un lieu aussi confiné oblige un échange et une communication quasi naturelle et immédiate. Ces visages (les notre inclus) quelque peu méfiants, fermés voire même un peu rustres de prime abord font désormais partie de notre quotidien et deviennent si familiers que l’on a le sentiment d’être du voyage depuis toujours.
Après une courte phase d’apprivoisement, l’atmosphère est tout à fait bienveillante malgré l’absence de compréhension. La curiosité et l’intérêt réciproque sont tels que chacun essaye d’alimenter son discours des rares notions de russe, français, ou anglais qui lui reviennent à l’esprit, et c’est finalement très vite qu’une sorte d’Esperanto de troisième classe prend vie !

Les nuits, quant à elles, sont rythmées par le départ des uns et l’arrivée des autres. Il n’est pas rare, en effet, de s’endormir face à quelqu’un et de découvrir un nouveau visage au réveil. Comme il est courant aussi d’ouvrir un œil et d’apercevoir un groupe d’ouvriers russes discutant tranquillement face à vous, une bière à la main, tout en scrutant vos moindre faits et gestes ! Aucun danger bien sûr, inhabituel seulement... Qu’importe ! Désireuses de trouver le sommeil, nous nous retournons alors dans nos étroites couchettes, un sourire amusé au coin des lèvres. C’est à cet instant précis, bercées par le cliquetis des rails et le bruit des autres que nous nous sentons le plus vivantes...
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