Ouverture

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j'ai toujours aimé écrire. Depuis 2015, grâce à Nathalie et les ateliers "écrire...& compagnie" je m'amuse et je partage avec d'autres mon amour des mots et de la construction d'un texte, d'un  [+]

Image de Automne 2018
Je suis né dans le langage, un foisonnement de mots qui m’ont nourri et amené au monde.
Ma mère était cette jeune première, ingénue remarquable et remarquée.
Fascinée par les auteurs et un metteur en scène bidon, elle est tombée enceinte au hasard de ses lectures : elle incorporait les citations, gobait les tirades homériques, son ventre s’arrondissait de poésie ; le lyrisme l’a fait gonfler et enfler, jusqu’à l’explosion de ma naissance.
Affamée, jamais repue, avide d’histoires qu’elle ne voulait pas vivre, elle lisait sa vie sans la rêver, me berçant au rythme de sa narration.
Je me souviens de la musicalité de ses mots, des alexandrins qui se succédaient et s’écoulaient en cascade, des sonnets qui tintinnabulaient et résonnaient à mes jeunes oreilles.
J’ai été nourri de Pantagruel et autre Gargantua, j’ai appris la patience et l’ennui avec Balzac et Montaigne, le marasme du travail avec Zola.
Une évasion perpétuelle dans l’amour des mots et des histoires.
Ma mère prenait la couleur de ses héros du moment ; ses émotions se teintaient de sentiments qu’elle empruntait à l’intrigue en court, elle repeignait notre vie, s’enflammait lors de longues conversations où elle réécrivait le monde... mais sans jamais créer.
Son désir des mots des autres, sa vénération pour les auteurs la rendait indigne de toute tentative d’écriture, elle ne savait que répéter, disait-elle.
Ce qu’elle vivait en se laissant traverser par ses lectures était son seul désir dans la vie, pourquoi aller inventer alors qu’elle voulait être portée ?

En grandissant, j’eus mes propres lectures. Je m’essayais à l’éloquence, déclamant à tour de voix, recherchant un regard complice, affichant naïvement ce que je pensais être un héritage.
Elle m’écoutait rapidement, distraitement, levant à peine les yeux de son ouvrage.
Pour qu’elle m’entende, j’ai chanté les mots qui l’enfermaient, qui l’éloignaient de moi et du monde.
J’ai magnifié les discours, transcendé les mythes et légendes, susurré des sérénades, alterné crescendo, fortissimo...
Elle a fermé les yeux en souriant, m’a écouté en fredonnant.
Ensuite, elle a écrit.

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