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Elle est allongée sur son lit, lasse, elle se demande à quoi elle pense. A rien. Elle cherche une idée à laquelle s’agripper pour s’envoler. Ni heureuse ni morose, elle flotte dans la neutralité de ses émotions. Elle feuillette alors son calepin et parcourt ses souvenirs. Elle lit « cet amour inconditionnel », « cette douleur glaciale et insoutenable ». Elle revoit ses mots torturés, ses cris de douleurs encrés, ses pages déchirées. Et pourtant elle ne sait plus. Elle ne ressent plus. Elle cherche en elle cette « tristesse profonde et invivable » qui ponctue la dernière phrase qui défile sous ses yeux. Elle a oublié. Elle a oublié ce qu’elle jugeait inoubliable et cela la rend triste à nouveau, mais triste de ne plus l’être. Triste que plus rien ne soit vrai, que plus rien n’existe, pas même ce qui la touchait au plus profond de son cœur. Elle ne comprend pas. Aurait-elle menti sur ces quelques lignes ? Elle n’écrit pourtant que ce qu’elle ressent véritablement. Sa vérité n’est-elle donc qu’au présent ? Ses émotions l’ont quittée, doucement. Elle réalise que rien ne dure. On ne souffre qu’au présent ; quand notre bonheur est au passé. Puis finalement on n’est plus ni mal- ni heureux. Au futur, on n’est plus rien. Tout s’estompe. Même les sentiments. Surtout les sentiments. On souffre, et puis ça passe. Tout passe.
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