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L’orage était prévu, on l’avait senti arriver.... timidement, petite pluie fine et badine, il tapotait du bout des doigts sur la tenture du parasol.... ça nous a laissé le temps de ranger les morceaux de pain promis aux biquettes – mais pas encore assez durs - , les chaussures disposées sur la terrasse, le bol de café oublié.

Et puis la vraie pluie est arrivée, tambourinant férocement de mille baguettes véloces sur les mille caisses claires offertes à son jeu : sur le toit, sur les arbres, sur le gravier, sur les voitures garées en contrebas, omniprésente...

Les nuages grondants sont encore assez loin, elle n’est que la messagère, l’éclaireuse... le chat oublié et le chien du gîte se terrent, l’un craignant avec bon sens la froidure de « l’eau-qui-mouille », l’autre, irrationnellement, le fracas du tonnerre.... suis-je plutôt chat ou chien...

Autre terre, autres sons : à huit cents kilomètres de nos habitudes, la pluie ici prend un autre rythme, apporte d’autres parfums ; elle est plus coléreuse, violente dans ses emportements enfantins qui se dispersent aussi rapidement qu’elle est bue. C’est bon aussi, une pause dans le soleil, pour goûter au beau temps comme un cadeau, non comme un dû !

Hier soir nous avons dévoré un foie gras fermier qui rend impossible toute discussion rationnelle sur la souffrance animale, la quatrième baguette de la journée y est passée ; ma Grande en frémissait, de plaisir anticipé et contenu.

Ah, voilà que l’averse est passée, déjà le soleil emplit la salle à manger, poussant sur les volets clos et les vantaux entrouverts pour entrer malgré tout, et la température va remonter. Je m’aventure sur la terrasse, le parasol dégouline il sera sec en quelques minutes, les exhalaisons de toutes les plantes qui nous entourent m’assaillent, c’est une profusion d’odeurs qui se précipitent toutes vives, comme si cette eau devait être la dernière et qu’il y avait urgence à attirer les pollinisateurs, à se reproduire, à perdurer ! mon cerveau peu entraîné a bien du mal à démêler cet écheveau subtil, mais s’entête : je distingue le pétrichor, note déjà écrasée par celle-ci, têtue et sucrée, de tête : le laurier tout proche ? la mauve ? l’abricotier ? narines ouvertes en grand j’en distingue certaines, à petites inspirations d’autres se révèlent, je peste de ne pouvoir les nommer... toujours cette envie de pouvoir classifier contre laquelle il faut lutter pour jouir simplement, et une partie plus accrochée à la vie qui me chuchote « ça sent bon c’est tout, qu’importe par quelle alchimie non ? ».

Si. Je cède et m’affale à la table sous le parasol qui dégoutte, j’ouvre un fichier, et couche des mots sur le papier virtuel : je savoure mieux ce qui passe par les mots que par mes sens, tare congénitale qui ne me pèse plus... « L’orage était prévu, on l’avait senti arriver... »

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