On m'appelle le Maître du vent

il y a
4 min
250
lectures
88
Finaliste
Sélection Jury
Recommandé

Pourquoi on a aimé ?

Ce récit de science-fiction regorge de petits détails. L’auteur réussi le pari d’arriver à décrire une telle invention en si peu de mots ! Le

Lire la suite
Image de 2019

Thème

Image de Grand Public

C’est imminent, nous arrivons au terme de ma plus récente invention. J’en suis à maudire les lois de notre continent qui nous obligent à ne pas travailler plus de trois heures par jour. Sans elles, ce chantier serait terminé de longue date si on m’avait laissé les coudées franches. Par bonheur je me cache pour travailler, j’ai mes trucs, mon cloud secret.

J’ai garé mon scooter volant dans le creux de la falaise dominant l’immense Lac du Monteynard.

Demain, après le déclenchement de l’opération, par les personnalités du Triumvirat, gouvernant Sota (l’ex-­Europe), le 2e continent de la planète, un évènement considérable, ici, va changer le cours de la vie dans notre région. Il fallait en arriver là car le million et demi d’habitants de Grenoble, où convergent trois vallées, suffoque sous les fumées acides stagnantes et la poussière. La résolution de ce problème récurrent de pollution arrive enfin à son terme après les torrides combats des politiques et les expropriations commencés il y a 48 ans, dans les années 2050. J’ai repris, avec une solide équipe de chercheurs cette vieille idée de dépolluer la ville.

Cela fait vingt ans que nous disposons des remarquables panneaux solaires Xbool au vitrifium. Quelle chance nous avons eu de bénéficier de ce composant après une trentaine de missions sur Ganymède le plus gros satellite de Jupiter. Nos panneaux solaires aujourd’hui ont la forme d’une tranche de melon. La corde de cet arc mesure dix mètres de longueur. Ils fournissent autant d’énergie que 10 000 panneaux de nos arrières grands parents. C’est grâce à cette énergie que notre région va renaître.

La journaliste qui me rejoint tourne son bouton « run » pour se placer à mon altitude. Mes rétrofusées dorsales ont tendance ces temps derniers à modifier mes paramètres de pilotage à mon insu, surtout en position stationnaire. Je vais en changer et renouveler mon harnais « fuskia » en graphène, il m’irrite la peau entre les cuisses et la fusée de gauche est dégradée.

— Voyez-­vous lui dis-­je, l’immense couvercle en béton qui s’appuie sur les deux bords de la vallée et d’un kilomètre de large. Dessus repose une centaine de capteurs Xbool. La formidable énergie solaire est stockée dessous pour être libérée au moment choisi du déclenchement du vent. La température sur cette dalle peut monter en 1 heure de 50°. Par ailleurs nous avons dû surélever le barrage d’une vingtaine de mètres pour étendre le lac en amont de quelques milliers d’hectares. Je vous explique simplement. Notre parabole au vitrifium capte la chaleur du soleil et joue un double rôle, celui de réchauffer la terre ferme d’un côté et de refroidir l’eau du lac de l’autre par le phénomène de production du froid comme dans les réfrigérateurs du siècle dernier. L’air chaud au-­dessus de la terre monte en aspirant l’air froid au-­dessus de l’eau. L’air est mis en mouvement, le vent se forme et circule la nuit, du lac vers la terre en contrebas. L’air pollué de Grenoble sera poussé en dehors de l’agglomération et se dissipera dans toutes les directions dans la nature lointaine.
— Voilà pourquoi on vous appelle « le maître du vent ».
— Maître du vent, vous n’y pensez pas ce serait d’un prétentieux. Disons que je suis en harmonie avec cet élément. Depuis mon enfance il me semblait qu’avec lui je pourrais résoudre d’innombrables problèmes.
— C’est bien vous l’inventeur du cerf-­volant chasseur de drones ?
Je fais oui de la tête.
— L’idée du projet Eolis débuta par ce ravin dans la colline de Champagnier que vous apercevez là-­bas au fond de la vallée. Elevons-­nous d’une centaine de mètres pour mieux voir sa forme, deviner sa profondeur.

La journaliste peine à me suivre, son fuskia moins réactif que le mien est d’une autre époque. Je dois l’attendre soutenu dans le vide à quelques trois cents mètres à la verticale de la dalle. Un oiseau que je n’ai pas vu venir dans mon dos me surprend et je dois enclencher le contrebalanceur de toute urgence pour éviter de me retrouver la tête en bas. Puis un drone de la police vient vérifier mon identité.

Je poursuis mon discours :
— Dans ce canyon, on va l’appeler ainsi, lorsque je m’amusais et ramassais les plus belles châtaignes qui soient, j’avais remarqué dans un rétrécissement que le vent se levait en fin de journée lorsque les gouttes d’eau formées par évaporation sur les feuilles des arbres ruisselaient sur le sol. Tout est parti de là. Jour après jour pour que le phénomène soit conséquent, j’ai façonné et agrandi une retenue d’eau.
J’ai exploité ces deux propriétés, différence de températures donc de pressions entre deux couches et canal de circulation de l’air.
En résumé : étendre la surface liquide au maximum, épandre dessus un accélérateur de variation thermique, libérer l’énergie emmagasinée et le vent se lève aussitôt.
Il va se former en cet endroit une bourrasque aux dimensions gigantesques qui va se ruer entre les flancs de ces 2 montagnes, la Matheysine et le Vercors et repousser hors de la ville toutes les fumées et poussières indésirables. Ce nettoyage radical de l’Y grenoblois va lui permettre de retrouver son essor du millénaire précédent en termes de renommée et de qualité de vie et sauver de nombreuses vies.
— Cela parait simple au premier abord mais ne craignez-­vous pas qu’il en résulte des accidents comme des blessures par projection d’objets sur la population ?
— D’après nos calculs, nos modélisations, des essais grandeur nature en d’autres lieux, l’expansion de l’air, sa dispersion à son arrivée sur la première ville concernée, Varces, atteindra 100 km/h, puis à l’approche de Grenoble elle ne dépassera pas la force d’une brise printanière.

Ce n’est pas parce qu’elle est charmante que j’invite ma journaliste au restaurant mais nous devons affiner les discours présidentiels d’ici cet après-­midi. J’ai longtemps hésité à lui faire partager notre repas familial préféré. J’ai craint qu’elle ne puisse tenir secret notre habitude de manger de la tête de veau vinaigrette. Les Végans sont sans pitié pour qui enfreint la loi concernant le respect des animaux. J’en suis consommateur dans ce marché noir au même titre que la Valdeine interdite qui stimule mes neurones créateurs.

Assis à mon bureau, je suis heureux et fébrile. Demain nous allons confirmer cette victoire sur la pollution. J’ai dépassé aujourd’hui mon temps de travail. Pour n’être pas trahi, j’agis sur la configuration de la puce intégrée dans mon avant-­bras gauche.

Je suis bien dans mon corps. Cette odeur d’huile essentielle dans laquelle je baigne me procure de l’apaisement. J’en ai grand besoin car je suis atteint d’une maladie incurable qu’on appelle l’obsession de l’invention. Trois projets de grande envergure taquinent mon impatience et m’appellent avec force. J’ai été choisi pour aider avec mon équipe un grand savant qui communique par-­delà la galaxie avec une lointaine planète. Il n’arrive pas à décrypter, ni à stocker les informations qui nous parviennent incroyablement puissantes. Seules leurs datations sont maîtrisées, 40 ans à la vitesse de la lumière. Ma date de naissance.

D’une main je lâche la touche du transcripteur vocal pour mettre fin à mon rapport de la journée et de l’autre je caresse, tantôt cette poêle à châtaignes, tantôt ce portrait que j’ai récupérés au marché aux puces annuel de la ville de Lyon, incroyable foutoir dans lequel je me complais comme dans ces quelques vieux musées du début du siècle, Je lis sur les lèvres de cet homme qui me regarde au travers des taches d’humidité. Il me sourit. Est-­ce une hallucination ? Il semble me dire quelque chose. Je tends l’oreille « Vas-­y mon petit, continue ton chemin, il est sans fin mais ses fleurs sont tellement belles » Monsieur Léonard de Vinci.

Je suis quand même excité, aussi, sur ma connex qui pilote la puce concernée, je réduis fortement mon envie de travailler, de boire de l’alcool d’humus et ma libido.

Le sommeil me gagne.

Recommandé

Pourquoi on a aimé ?

Ce récit de science-fiction regorge de petits détails. L’auteur réussi le pari d’arriver à décrire une telle invention en si peu de mots ! Le

Lire la suite
88
88

Un petit mot pour l'auteur ? 20 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de DEBA WANDJI
DEBA WANDJI · il y a
Très beau texte, Antoine.
j'adhère par mes voix et je vous invite à découvrir mon texte en course pour le prix jeunes auteurs https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/etoile-perdue-2
N'hésitez pas de laisser vos impressions en commentaires. Merci!

Image de jc jr
jc jr · il y a
J'adore les scooters volants à contrebalanceur et le cerf-­volant chasseur de drones. Je me suis cru dans un scénario à la Luc Besson. Et puis tant qu'on arrive encore à trouver de la tête de veau vinaigrette, ça me va !
Bienvenue sur ma page quand vous le voulez.

Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Que cette brise vous emporte loin ! En attendant, toutes mes voix pour cette Finale méritée ! Une invitation à lire et soutenir, si vous l’aimez, “Éclats de lumière” qui est en FINALE pour le Grand Prix Printemps 2019. Merci d’avance et bonne journée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/eclats-de-lumiere

Image de Michaël Artvic
Michaël Artvic · il y a
Que le dieu Eole vous souffle au sommet ! Mes voix 5" bonne chance
Image de Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Un texte très plaisant que vous avez eu la très bonne idée de placer à Grenoble ! Outre l’invention dont la ville aurait bien besoin, votre histoire est pleine d’humour, je note au passage le besoin de se cacher pour enfreindre l'interdiction de travailler, et la chasse aux consommateurs de tête de veau par les vegans tout-puissants. Un texte très technique par ses explications mais celles-ci sont compréhensibles facilement. Attention à une coquille, écrivez plutôt « des taches d’humidité » car la « tâche » est un travail.
Bravo. Mes 5 voix pour votre texte dont l’idée devrait séduire la plus grande ville de l’Isère !

Image de Antoine
Antoine · il y a
Merci Fred je prends bonne note. Il y a toujours quelque part un nuage qui vous taquine ! Antoine
Image de Jean Calbrix
Jean Calbrix · il y a
Mes cinq voix renouvelés, Antoine !
Je vous invite à lire et soutenir s'il vous enchante mon sonnet Spectacle nocturne qui est en finale : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/spectacle-nocture
Bonne journée à vous.

Image de Bozlich
Bozlich · il y a
Félicitations et bonne chance à vous ! J'ai voté. Mon histoire "L'étrange histoire de Frank et son ami monsieur Stims" est aussi en finale. https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/l-etrange-histoire-de-frank-et-son-ami-monsieur-stims
Image de De margotin
De margotin · il y a
Je vote
Image de Ginette Flora Amouma
Ginette Flora Amouma · il y a
Bonne chance pour la finale !
Image de Mimine
Mimine · il y a
Une lecture très agréable... Mes voix et une invitation à découvrir mon TTC en lice...

Vous aimerez aussi !