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On dort chez le Père Noël

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Marie-Françoise

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La neige tombe dru, les rafales de vent emportent les flocons qui tourbillonnent en grappe et s’écrasent sur les carreaux de la maison en formant de délicates dentelles d’Alençon. Les deux frères contemplent avec ravissement ce spectacle et l’épaisse couette blanche qui recouvre le jardin de leurs grands-parents.
Depuis ce matin, le papa et le papi s’acharnent sur la cheminée dont la porte en fonte au vitrage transparent est bloquée. Impossible de faire le moindre feu. Louis et Théo voudraient bien aider les adultes mais sont systématiquement éconduits. Leur inquiétude principale est de trouver comment le Père Noël pourra déposer les jouets dans le grand salon si la cheminée ne s’ouvre pas.
Soudain, un bruit sourd. Puis une masse qui chute, violemment. WOUUUUUUUUF... ! Un silence angoissant suit ce souffle. Les lumières vacillent, un grésillement accompagné d’étincelles, un clac, puis le noir total. Des cris paniqués déchirent l’ambiance ouatée, « c’est une avalanche vite, mettez-vous aux abris tous, notre porte d’entrée est bloquée par un monticule de neige. Nous ne pouvons pas sortir maintenant, en plus la ligne du téléphone fixe est coupée» s’époumone le père en essayant vainement de trouver du réseau sur son portable.
Durant toute cette agitation Louis et Théo réfugiés dans leur chambre, élaborent un plan d’action.
- Nous devons absolument prévenir le Père Noël susurre Louis à son cadet.
Théo s’agite, semble adhérer, est toujours d’accord avec son frère quand il s’agit de mettre en œuvre une bêtise.
- mais comment va-t-on sortir de la maison ? Où se trouve sa cachette ?
- Ne t’inquiète pas j’ai mon plan rétorque Louis.

Il exhume de sa poche un papier plié en quatre et le tend à Théo. Une feuille qu’il a déchirée dans un catalogue de jouets, où le vieux bonhomme rouge apparaît dans son traîneau, photographié devant une forêt de pins.
Louis ouvre son cahier de collages et de sa plus belle écriture laisse un mot à sa famille : il s’applique
« pa inkié on va ché papanoel. » Fier du devoir accompli.

Ils s’habillent chaudement, chaussent leurs bottes fourrées, nouent leurs écharpes, enfilent bonnets et gants profitant de la confusion générale s’éclipsent par la fenêtre à l’arrière de la maison. Ils se hâtent le jour décline rapidement, veulent éviter de rencontrer le loup.
Leurs petits visages bleuissent, leurs nez coulent formant des stalagmites avant d’effleurer leurs lèvres. Les flocons s’infiltrent entre leurs paupières, les cils deviennent humides, leurs pieds s’enfoncent profondément dans le chemin enneigé. Ils continuent vaillamment, le cœur lourd. Dépassent la ferme du Père Ernest, la dernière du village. Aperçoivent son vieil âne gris Pipeau, la crinière décorée de cristaux luisants, le museau contre le grillage. L’équidé semble vouloir leur parler. Pressés, les petits lui envoient un baiser au passage et s’enfoncent dans les bois. La rivière ressemble à une patinoire géante.

Un chamois surgi d’on ne sait où, galope à la rencontre des deux gamins frigorifiés, leur propose son aide. Soulagés, les petits grimpent sur son dos. En route pour la maison du Père Noël, lui seul pourra secourir leurs parents en difficulté bloqués par cette importante coulée de neige dans la vallée. Le chamois bondit et semble s’élever dans les airs.
Louis et Théo découvrent alors un monde féérique où tout est endormi, la neige a recouvert la moindre chose, terre et azur s’unissent dans une harmonie de blanc. Bientôt le jour s’enfuit, le ciel couleur de plomb crache violemment ses flocons, le froid se fait plus intense, le paysage et les toits silencieux sous l’épaisse neige patientent. Les gouttières pleurent leurs lumières glacées. Seuls les arbres, silhouettes fantomatiques aux bras immenses givrés, s’élèvent dans leur spectaculaire élégance. Les frères bien au chaud, plaqués contre le pelage de la bête, réussissent à conserver les yeux ouverts pour contempler toutes ces merveilles.
Le Père Noël les accueillit, les réconforta, les réchauffa, les endormit. C’est ainsi qu’on retrouva, quelques jours plus tard deux petits corps transis de froid, enlacés sous un arbre, dans la forêt. Un chamois étendu à leurs pieds.
Très courageux, trop imprudents proclameront les villageois.
Ils ont rejoint les anges pleureront famille et amis.
On dort chez le Père Noël chuchoteront Louis et Théo.
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Image de Epicurien78
Epicurien78 · il y a
Vous avez conservé votre âme d’enfant... ou vous vous rodez pour faire rêver vos petits enfants ?... :)
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Marie-Françoise · il y a
Les 2 bien sûr 😉
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Didier Poussin · il y a
Au royaume du rêve
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Marie-Françoise · il y a
Merci Didier vous êtes le premier...à rêver...
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