Olympia

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Retraité créatif après un parcours professionnel riche, j’ai la passion de transmettre mon expérience, mes réflexions diverses et mes émotions. L’écriture de nouvelles et de quelques  [+]

Olympia


Monsieur le juge, j’ai porté plainte parce que mes collègues et moi-même sommes fatiguées de tous ces regards sur nos corps par tous ces hommes ; et même par certaines femmes, monsieur le juge.
Je souhaite profiter de ma présence à cette barre pour faire comprendre le calvaire que nous endurons depuis très longtemps. Ce n’est pas une affaire récente. Celle-ci nous préoccupe depuis de trop nombreuses années. Jusqu’alors, nous n’avons interpellé personne. Maintenant, nous n’en pouvons plus. Nous sommes lassées. Certes, nous avons la chance que nos corps ne subissent pas trop vite les outrages du temps. Mais est-ce une raison pour nous faire subir cet inlassable regard des autres ?
Comment supporter toutes ces attentions par des personnes qui n’hésitent pas à s’arrêter devant nous, nous regarder de loin, s’approcher, et s’intéresser à nombre de nos détails. L’accepteriez-vous sur votre corps, Monsieur le juge ? Nous sommes même photographiées ! D’autres vont jusqu’à se poser sur un tabouret et prendre leur temps à nous dessiner, voire même à nous peindre.
Et que dire ce ces soi-disant experts qui vous jugent sur toutes les coutures, crayons à la main.
Certes, nous avons été pourvues de belles courbes, parfois de corps idylliques. Nous sommes parfaitement mises en valeur, je le concède. C’est même une caractéristique dont nous pouvons être fières, nous ne le cachons pas. Mais quel retour de bâton !
Il est vrai que nous nous enfuirions si nous en avions la possibilité. Mais notre patron nous l’a interdit formellement. Nous sommes, en quelque sorte, assignées à notre emplacement que nous ne devons quitter sous aucun prétexte. En revanche, mon patron me déplace parfois pour aller dans d’autres lieux. Cela me fait du bien de changer d’air. Et qui plus est, je lui suis reconnaissant de toutes ces précautions qu’il prend pour mon déplacement. Je dois le dire : il est vraiment à mes petits soins, et il souhaite que ce changement se déroule dans les meilleurs conditions pour moi, avec le moins de stress possible, sous une température clémente.
Mais cela ne compense pas ce qui nous arrive dans chaque nouvelle situation. Et c’est encore reparti pour ce voyeurisme exaspérant, cette observation incessante.
Monsieur le juge, je comprends l’admiration à notre égard qui est parfois relayée par certains médias. La hauteur des sommes mises en jeu pour nos transferts en fait foi. Mais comprenez-nous, tout en continuant cette tâche qui nous est assignée, nous souhaiterions plus de décence de la part des clients de nos patrons.
C’est pourquoi, Monsieur le juge, sans réclamer de dommages et intérêts dont nous ne saurions que faire, nous demandons, et cela risque probablement de vous surprendre, une mise en lieu solitaire, à la cave, pourquoi pas, après nous avoir décrochées des murs du musée.
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