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Olé Olé les guillemets

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Olé Olé étaient des guillemets, deux petites virgules en l’air, côte à côte, qui se promenaient au fil des pages d’un livre épais. Dans leurs pérégrinations, ils arrivèrent à un chapitre particulièrement sérieux, à l’écriture serrée et compacte, où peu d’espace restait libre pour vagabonder.
« Halte là, on n’entre pas ! Ici, c’est du sérieux, une lecture fermée pas ouverte à n’importe qui... » grogna la tête de chapitre, avec une mine peu avenante.
« Mais nous ne sommes pas n’importe qui. Nous faisons partie du livre. Nous sommes Olé Olé les guillemets. »
« Jamais entendu parler de vous ! Avec un nom pareil et votre air de flotter dans les airs, vous n’êtes assurément pas les bienvenus ici... »
« Mais pourquoi ? Dans le livre, nous sommes partout chez nous... » tentèrent d’objecter les guillemets.
Mais le chapitre s’était refermé sur lui-même, telle une porte de prison enfermant tous les caractères qu’il contenait derrière lui. Ça alors, une zone interdite ! S’ils s’étaient doutés ! Que là, dans leur ouvrage, à quelques pages d’eux, vivait un texte fermé, sans contact avec le reste du livre.
« Ce n’est pas possible Olé, il faut que nous fassions quelque chose, nous ne pouvons pas laisser tout ce pan du livre fermé au reste des écrits. »
« Je suis d’accord avec toi Olé, il faut que nous insistions... Après tout, notre rôle n’est-il pas d’ouvrir le dialogue dans nos pages ? »
Certes, les guillemets étaient placés à chaque morceau de phrase qui relevait du langage parlé. Ils étaient utilisés aussi pour qualifier de drôles de mots ou des expressions peu habituelles.
« Que dirais-tu que nous allions trouver ce "chapitre" ? » proposa Olé.
« Ne perdons pas de temps, il y a urgence à intervenir ! » renchérit Olé.
Olé Olé partirent à nouveau vers l’épais chapitre rebutant.
« Permettez-nous d’insister mais nous voudrions parcourir vos écrits. Il nous semble qu’il faudrait introduire des dialogues à l’intérieur... »
« Cela tombe bien, c’est notre spécialité ! »
« Des dialogues ? Pour quoi faire ? Y a pas besoin d’ça chez nous... » bougonna le chapitre décidément très fermé.
Et pour marquer son désintéressement, il tira un trait sur tout ce qui précédait son titre, une belle droite noire, vraie ligne de démarcation avec le reste du livre. Mais Olé Olé n’étaient pas des guillemets pour rien.
S’ils flottaient au-dessus des lignes, ce n’était pas pour rester bloqués derrière un simple trait, fut-il noir et rébarbatif comme celui que venait de tracer le chapitre. D’un vol léger, ils franchirent ce mur pour passer de l’autre côté. Ça y est, ils venaient d’atteindre le corps du texte. Fichtre, que c’était épais, on ne respirait pas là-dedans !
« Trop de mots sont collés les uns aux autres, il faudrait aérer les phrases, dégager l’espace... »
-« Je suis d’accord, balayons quelques mots, nous nous en porterons mieux ! »
Olé Olé agitèrent alors leurs queues à la façon d’un plumeau qui ferait du nettoyage. Quelques mots s’envolèrent, trop heureux de s’échapper de ce carcan étouffant.
-« Vous nous avez libéré de ce texte prison, grand merci à vous ! » lancèrent-ils au passage.
« Hey vous, les guillemets ! Qu’est-ce que vous faites ? Je vous interdis de toucher à mon texte, c’est un bloc... » gronda le chapitre, fort mécontent de ces échappées intempestives.
« Un bloc qui a besoin d’air ! Regardez ces mots-ci dans leurs phrases. Ils reprennent des couleurs, maintenant qu’ils sont moins compressés... »
Le chapitre tenta de s’interposer pour pallier à ces évasions. Mais les guillemets étaient suffisamment fins pour se fondre dans la masse. Ni vu ni connu, Olé Olé disparaissaient dans le corps du texte, très étoffé.
Oh grrrrhhh, le chapitre pestait. Ces guillemets qui étaient entrés dans son texte étaient comme le ver dans le fruit... Ils allaient nuire à sa tenue. C’était vrai que les effets d’Olé Olé ne tardèrent pas à se faire sentir. Car les mots eux-mêmes si longtemps coincés dans cet univers carcéral participèrent à leur libération.
Bientôt, au grand dam du chapitre, les pages s’aérèrent. Des dialogues apparurent tous ouverts par les guillemets amis d’Olé Olé, accourus pour la circonstance.
-« C’est quand même sympathiques les dialogues ! » lança Olé Olé.
-« Tu l’as dit Bouffi, ça change tout ! Ça rend la vie du texte autrement plus agréable ! »
-« Mouais, sauf que je ne m’appelle pas Bouffi, mais Olé comme toi ! »
Et Olé tapa amicalement la virgule d’Olé...qui bascula et décocha à son tour une frappe fraternelle à Olé...qui dégringola et atterrit à la page suivante où chamboulé de rire, il poinçonna son ami... qui chuta...
Et voici comment Olé Olé se retrouvèrent au fond du livre et entourèrent le mot "FIN".
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