Oisif

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Aujourd’hui, comme d’habitude je ne vais rien faire.
J’entendrai les clefs tourner dans les serrures, les portes se refermer, peut-être une porte se rouvrir, une précipitation, des talons claquer, un rappel d’ascenseur.
Et puis le silence, et puis quelques marteaux piqueur au loin, un bus qui klaxonne, une sirène de pompier, enfin, le silence, je somnole déjà.
Plus tard, l’homme de ménage me fera ouvrir un œil, je regarderai sa silhouette se refléter sous la porte, j’entendrai son seau racler le sol, je surveillerai de loin ses mouvements, les chocs de son balai, que ses gestes imparfaits feront cogner contre les rambardes de l’escalier.
A peine plus réveillé, je ferai un peu d’exercice, je m’étirerai, je mangerai un peu, et j’entamerai une activité contemplative.
Je serai parfois devant la fenêtre à étudier les démarches des passants, les allures variables de chacun, ceux qui sont en retard et qui courent après le temps perdu, ceux qui sont en retard mais ne s’en préoccupent pas, ceux qui ne sont pas attendus, ceux qui passent tous les jours, celui qui grommelle en remontant la rue avec son cabas.
Un pigeon distrait viendra se poser sur un appui de fenêtre, et me regardera en penchant la tête.
Je sentirai mon cœur s’emballer par cette visite, moi qui connaît les gestes de tout le quartier sans être vu, je serai enfin l’observé.
Et pourtant ce seul visiteur inopiné, celui qui enfin m’offrira une nouveauté, une originalité dans mon train train, mon seul objectif à ce moment là, sera de le capturer.
Séquestrer cet invité surprise, le regarder se débattre, impuissant, suffoquant, gémissant, avec l’angoisse dans le regard, de celui qui n’a pas fait le bon choix, celui qui s’est égaré au lieu de suivre son groupe, celui qui sera venu tout innocent et confiant, plein d’enthousiasme et d’envie de découvrir l’autre : moi.
Moi, qui ne vit que pour lui, que les autres n’intéressent que par ennui. Après l’avoir capturé, je le secouerai vivement, pour voir s’il vit encore, je le balancerai pour l’encourager à s’envoler, alors que je lui aurai cassé les ailes, et je le regarderai trembler.
Je lui mettrai des coups pour le faire partir tout en le retenant par la queue ou une patte. Les règles de mon jeu sont claires : je gagne toujours, car je suis plus fort que mes victimes.
Une fois qu’il ne bougera plus j’irai me lécher les pattes, plein de dédain et de lassitude.
Mais pour l’heure, je n’ai encore rien fait, je vais aller me coucher, tiens.
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