Octobre Lily-Rose

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Michael, marié, trois enfants... Et écrivain  [+]

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Elle grandit trop vite. Beaucoup trop vite. Je me souviens de notre première rencontre comme si c’était hier. Cela fait dix ans que nous vivons ensemble entre sourire complice, fatigue du quotidien, fierté de sa pensée, et cetera, et cetera... J’ai peur pour ma maman qui a soufflé ses soixante bougies cette année, peur pour « elle », ma dulcinée, qui se pense plus forte qu’elle ne l’est... La fatigue de son corps et les cernes sous ses yeux ne trompent pas les efforts qu’elle fait face à ces divers soucis de santé qu’elle préfère ter et affronter seule, plutôt que de se lamenter alors que pour ma part, un simple rhume, et je m’enterre trois à quatre fois dans l’année.
J’ai peur pour maman, que ferais-je sans elle ? Sans elle... Sans pouvoir sonner à la porte de la maison de mon enfance et de voir cette petite bonne femme, son torchon sur l’épaule semblant étonné par ma visite pourtant quotidienne depuis tant d’années. J’ai peur ma femme, que ferais-je sans elle ? Sans elle... Sans son sourire qu’elle garde précieusement pour moi... Sans ses lèvres qui se posent sur ma joue en me glissant au creux de l’oreille un « je t’aime » du premier jour... Sans sa main qui me relève à chaque fois que je trébuche...
Que ferais-je sans elle ?
Et puis, il y a eu les larmes de mon père pour sa fille...
C’est alors que j’ai pensé à elle... Ma fille... Ma rose...
J’ai pensé à ses yeux bleus qui en feront craquer plus d’un... À ses yeux qui me regardent depuis dix années et pourraient elle aussi se faner sous une maladie qui la rongerait. Avant que les larmes de mon père coulent pour sa fille au crâne de lune, Je n’y avais pas pensé.
Je n’avais pas pensé à sa peine alors que je la voyais allongé, sondé pour s’alimenter, le regard perdu dans ses pensées sans espoirs d’un lendemain éclairé par des années qui allait lui être peut-être octroyé. Une fille peut s’en aller avant son père... C’est une triste réalité... Je ne préfère pas y penser... L’ordre des choses, c’est qu’elle me tiendra la main alors tout ridé dans un avenir lointain très très lointain, je ne suis pas pressé... Entouré par ma femme, ma fille et mes fils, tous en bonne santé, je partirais le cœur léger pensant avec excès avoir laissé une jolie trace de mon passage dans ce monde. Ils seront là, me disant au revoir et ils seront tous en bonne santé, vivront des anniversaires, des noëls en se trompant sur le compte des assiettes... Et ils souriront l’assiette à la main en ayant, une pensée émue pour ce père qui s’en est allée bien heureux de partie avant eux. Il y a pourtant des morts plus compliqués à gérer... Pleurer une mère, une épouse, une fille... Les laissant s’en aller sous la voix de « La Callas » chanter l’Ave Maria pour un dernier « au revoir ». Ma fille, ma femme et ma maman sont en bonnes santés... Je ne sais pas quel dieu remercier pour cela... Je regarde tout de même les nuages pour son infinie bonté... Mais mon père pleure encore, même si la rémission a été annoncée un grand sourire aux lèvres en même temps que ses cheveux crépus ont repoussé... Le crabe est toujours au-dessus de son crâne frisé... Ma grande sœur de trois ans mon aîné s’en est allé, laissant place à un autre personnage... Que je ne saurais d’écrire... Elle est là, vivante, en « bonne santé », en rémission... Mais la maladie a emporté ma grande sœur, celle qu’elle était... Les sourires, et les remises à plus tard ont laissé place à l’inquiétude que du jour au lendemain tout peut s’arrêter. Comment vivre après avoir survécu ? Elle est en rémission...
Après avoir traversé par procuration un désert sur le dos d’un crabe bouffeur de vie, j’ai pensé à ma fille... À ma femme... À ma mère... À ma sœur... Mon père et mes fils sont les indestructibles... Rien ne pourra leur arriver... Je pense à « elles ».
Puis, à elle... Je pense à ses yeux bleus qui me regardent encore ce soir alors que je tape ce texte court en ce mois d’octobre Rose...
Ma Lily-Rose a dix ans et je veux m’en aller avant elle...
Le jour d’après, elle continuera à vivre, à danser, à aimer, à instruire, à sauver des vies, ou peut-être à composer des bouquets de roses.
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