Nymphéas

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écrire, pas seulement des lettres mais exprimer des visions,des personnages . Les évoquer dans le baroque ,le décalé ou le réel . Délayer dans l'encre l'intime et le rêve, quel plaisi  [+]

Image de Printemps 2017
Le vent chargé d'iode ébouriffait sa chevelure, des bourrasques voilaient de mèches rebelles son regard embué. Face à l'Atlantique, le visage crispé elle s'appuyait lourdement sur la rambarde en fer. Ses mains serraient violemment le métal, ses bras tendus la collaient à ce parapet.
Elle préférait faire semblant de compter les navires au large, elle préférait oublier sa présence. Lui restait les mains dans les poches n'esquivant aucun regard inquiet vers ces phalanges meurtries par ces mouvements convulsifs. Il commentait d'un ton uniforme, le paysage, la météo, la sauvagerie irréelle de la plage en contre bas. Le clic-clac des appareils photos ne le distrayait pas. Il savait ce qu'ils photographiaient. Les stèles de marbre blanc, les noms gravés en relief, le gazon ras, l'infini des tombes. Le drapeau aux cinquante étoiles flottait. Des silhouettes s'agenouillaient, déposaient une rose. Une jeune femme pleurait, une main appuyée sur une pierre tombale. Dans ce paysage normand, le pommier avait laissé place aux cyprès, pins, chênes verts, peupliers, bruyères perpétuels témoins de vie, d’espérance, de force.
Leurs deux dos tournés ignoraient ce cimetière. Leur deux regards suivaient des ombres noires, menues descendant de marche en marche vers la plage meurtrière. Elle s'en voulait d'avoir proposé cette visite. De ne pas avoir réfléchi à son passé. Elle lui avait fait de la peine et franchir cette barrière intime des pleurs intérieurs, celui du chagrin. Pourquoi s'était-elle arrêtée aussi longtemps devant ces nénuphars blancs du bassin mémorial situé à l'entrée du cimetière. Lui avoir demandé de lui offrir un jour, une de ces fleurs aquatiques, porteuse de prince charmant coassant. Son visage s'était fermé. Sa voix sourde, au débit filant :
« Je n'ai jamais connu mes grands pères. Morts à vingt deux ans et vingt un ans sur cette plage d'Omaha Beach. »
Le dos voûté , il ajouta : « Mariés avant de partir, jamais revenus. »
L'aigrelet timbre du carillon précédant la sonnerie aux morts brisa le silence, égrenant leurs muets sanglots, pudique communion avec ces deux êtres blessés.

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