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Nulle part

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Natacha

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- Je m'en vais.
Le bruit sourd de la porte qui se ferme résonnait derrière moi, pour laisser place au silence brisé par le son tranchant de l'averse.
J'avais le souffle coupé par ce que je venais de faire. Pour une fois c'était moi qui avait eu le cran de tout arrêter. J'étais enfin la dominante et non la dominée, Le dernier mot, le dernier souffle et le dernier son m'appartenaient enfin.
Quelle belle nuit, une nuit de victoire. Pourtant les larmes coulent désespérément sur mon visage pâle et défiguré par le froid.
- Allons, ce n'est que la pluie et le froid, ces larmes, ressaisis-toi.
Et pourtant je pleurais, ma fierté en était heurtée.
Je me rendais compte que l'acte que je pensais héroïque, était en fait très lâche.

J'avais pris racine sur le palier de la porte depuis un temps incertain. Mais j'étais incapable de faire marche arrière maintenant, le passé ne se rattrape pas, et le futur ne peut être rendu plus beau: c'était trop tard. Encore une fois, mes sentiments falsifiés et mon vilain masque avaient pris le dessus. Me voilà de nouveau dominée, par la force obscure qui envahit mon âme, qui m'a toujours hébergée.
- Dégage, m'exclamais-je tout haut.
J’avançais alors d'un pas certain sous la pluie, pensant que la seconde d'avant, je me parlais à voix haute. La cigarette que j'allumai me donnait sans doute un air de dame élégante dont j'étais fière. Je devais être fort gracieuse en apparence, sous mon habit noir. Tandis que dans ma tête le temps y était plus mauvais que dehors. Les gouttes de pluie ne me gênaient pas, elles me faisaient sentir plus vivante au milieu de tout ce boucan de pensées. J'avais besoin de retrouvailles avec moi-même. Mais j'avais aussi besoin que plus rien n'ai de sens.

La route se faisait de plus en plus large, les voitures de moins en moins rares, ma marche de plus en plus irrégulière et bancale.
Les automobilistes ne faisaient pas attention à moi, leurs véhicules rapide m'éclaboussaient d'un courant d'air glacial. Sauf un. Qui s’arrêta.
" Nulle part est encore loin, tu sais, lança le conducteur.
- On verra bien, lui répondis-je avec froideur.
- Je peux t'y déposer. Nulle part, s'empressa-t-il de me souffler."
Je ne voyais pas son visage. Mais je l'imaginais, en écoutant sa voix. Elle dévoilait tout sur lui. Doux, sensuel, le regard profond, le visage perdu, mais un être sûr de lui. Et je ne m'étais pas trompée.
" Tu.. y vas souvent? Nulle part? bredouillais-je.
- Souvent? S'exclama-t-il avec un rire étouffé. C'est devenu mon foyer. Mais je n'y ai jamais amené personne, dit-il très solennellement."

Le temps qu'a duré le trajet ne m'est pas déterminable. La musique qu'il avait eu soin de mettre était parfaitement adéquate au moment absurde que je vivais. Guitares et violons scindaient mes oreilles ardemment, percussions rythmaient mon corps entier, avec une violence démente. Et la basse, profonde et lourde. Qui pesaient mes pensées, et dictait à mon corps et mes yeux, de se laisser porter.
Les ombres osseuses des arbres, et l'horizon perpétuel se fondaient dans la nuit. Paysage magnifique et serein qui défile. Mes yeux voyagent dans le paysage, sage. Et dans les ombres, sombres.
La voiture cassait la pluie sans difficulté, mais dans un grand fracas.
Silence. Un merveilleux silence.
J'étais effrayée, mais je vivais.

Aujourd'hui, je peux affirmer que Nulle part, ce n'est pas beau.
C'est monstrueusement sublime.
D'un splendide effrayant.
D'une profondeur meurtrière.
J'y ai goûté avec avidité.
La dangerosité ne me fait plus peur maintenant.
Mais jamais je ne pourrais vous dire à quoi ça ressemble. Et si la curiosité se veut trop téméraire, qu'elle veut savoir, ce qu'est Nulle part, il faut se préparer alors à mourir sur terre pour mieux vivre ailleurs.
Parce que lui, je suis sûre qu'il était le seul à pouvoir m'amener là-bas. Sur la Lune. Et il l'a fait.
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