Nuits blanches

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Jeudi 07/04, 01:34.

Ça fait deux heures que mes parents sont partis se coucher. Et ça fait deux heures que je les entends discuter dans le salon. Il doit se passer un truc de grave... Je n’ose pas descendre, je suis presque sûre que je n’aurais pas dû les entendre... Et puis tant pis, ça ne doit pas être grand-chose.

Vendredi 08/04, 01:22.

C’est bizarre, ils ont encore une conversation nocturne... C’est peut-être plus important que je ne le pensais...

Jeudi 14/04, 01:35.

Ça fait plus d’une semaine que je les entends discuter la nuit, entre 23:00 et 02:00 environ. Je ne discerne pas précisément ce qu’ils disent, mais le ton a l’air plutôt inquiet. Et pourtant, la journée, ils n’ont pas l’air plus préoccupé que ça... C’est décidé, demain, je leur demande ce qu’il se passe.

Jeudi 14/04, 22:08.

Avant de monter me coucher, je leur ai demandé pourquoi ils parlaient autant la nuit, et de quoi. Ils se sont regardés d’un air étonné, puis ils ont tourné la tête vers moi avec incompréhension. Et ils m’ont dit qu’ils s’endormaient vers minuit, et qu’à aucun moment ils n’avaient eu de «conversation nocturne».
Ok, donc, ils ne parlent pas, c’est seulement moi qui les entends...
Nickel.
L’explication la plus rationnelle serait un rêve ou une paralysie du sommeil, mais je n’en avais jamais fait de cette sorte, c’est étrange...
Ou alors, mes parents me mentent...

Vendredi 15/04, 00:58.

Et ça recommence. Les bruits de discussion dans le salon.
Je m’assois dans mon lit et j’allume ma lampe de chevet. C’est sûr, ce n’est pas une paralysie du sommeil, je peux totalement bouger, et je contrôle tous mes mouvements.
Je suis peut-être en train de rêver ?
Ça m’étonnerait. Faire le même rêve en boucle depuis une semaine, ce serait louche.
Donc c’est sûr : mes parents me mentent.

Samedi 16/04, 01:03.

C’est fou ça, ils discutent de plus en plus fort chaque nuit et ils osent soutenir qu’ils dorment !
Mais j’ai eu une idée : je vais les surprendre en plein fait ! Ils seront bien obligés de m’expliquer.
Je descends les escaliers le plus discrètement possible, les voix sont de plus en plus fortes. À pas de loup, je passe devant la cuisine, et j’entre dans le salon.
J’entends toujours les voix.
Mais mes parents ne sont pas là.

Dimanche 17/04, 01:57.

Bon, c’est sûrement un rêve, juste un rêve. Et il n’y a qu’une seule manière de vérifier.
Je descends dans le salon. Comme hier, j’entends les voix de mes parents, mais sans eux. D’ailleurs, je ne capte pas moindre mot de la conversation, c’est trop bizarre... Il faut que je sois rationnelle enfin ! Je suis sûrement en pleine hallucination. Et je vais le prouver.
J’attrape un journal à côté de la cheminée, et je déchire la page 15 avant de la jeter à la poubelle.
Demain, je redescendrai dans le salon, et je verrai qu’aucune page ne manque. Et que c’était juste un mauvais rêve.

Dimanche 17/04, 10:44.

La page n’est plus là. Ce n’était pas un rêve. Ou je suis folle. Oui, c’est ça, je suis folle.
Il faut que je comprenne ce qu’il se passe.
Oui, il faut que je me souvienne quand tout ça a commencé.
Voyons, c’était mercredi dernier je crois... Oui, c’est ça ! Mercredi 6 !

Lundi 18/04, 00:15.

Donc : je rentrais de cours. J’avais fini à 11:00, donc je suis rentrée à pieds à la maison. Par le centre-ville. Je suis passée devant la poste, puis le bureau de tabac, après j’ai traversé la route...

Mince ! Ces voix m’empêchent de réfléchir !

Tiens, maintenant que j’y pense, je ne me suis jamais intéressée à ce que disaient mes parents, enfin, du moins leurs voix...
De ma chambre, je ne comprends rien...
En bas ce sera sûrement plus simple !
Je descends en courant les escaliers et j’arrive dans le salon. J’écoute le plus attentivement possible mais je ne discerne que très peu de mots : elle, mais, non, pourquoi...
C’est bizarre, plus j’écoute, plus on dirait qu’il n’y a pas que deux voix... Oui, c’est ça, il y en a une troisième ! Un homme, je crois...

Soudain, tout s’arrête. C’est le silence.

Je me souviens.

Je cours à la poubelle où j’ai jeté ma page témoin et je la récupère. Les mains tremblantes, je la défroisse et je lis le titre de l’article :
« Mercredi 06 avril, une adolescente renversée par un chauffard en centre-ville »

Tout à coup, les voix reprennent, plus claires. J’entends une phrase : « Je suis désolé... Elle ne se réveillera pas... Il faut la débrancher.»
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