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Nuit de migraine

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Maria flore

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Trois heures trente du matin. Mal de tête qui coupe le sommeil. Malgré ma drogue licite, pas moyen de me rendormir. Je touche Patrice, il dort profondément. Quelle chance ! Je me tourne encore, le mal de tête persiste. Migraine. Le diagnostic à peine posé, les pensées se télescopent. Idées confuses, saugrenues. L’immense zapping se met en place. Les images fusent de mon cerveau. Elles arrivent sans ordre ni logique. Je sais, hélas, par expérience, que la moindre tentative de tri ou de classement augmente la douleur, déjà très haut-perchée sur mon échelle de valeur. C’est comme si les cases de ma mémoire, devenues exigües, explosaient sous la pression. Et, c’est un flot boueux, qui se met à charrier les débris d’un ordre sécurisant. Des images, même pas estampillées « souvenirs », des visages sans noms, des silhouettes sans visages, des sons, des mots, qui reviennent en échos... La poubelle du cerveau se répand au sol. Les idées abandonnées, en boule de papier écrasé, des découpes de phrases, façon lettre anonyme, reprennent du service.
En envahisseur oppressant, la migraine lance son bélier contre la paroi trop fine de mes tempes, et chaque coup de boutoir fait voler des débris de souvenirs.

Une frappe. Il y a cette fille aux cheveux afro qui fumait dans la cour du lycée. Elle avait l’air d’avoir trente ans déjà, et je pensais que sa présence parmi nous ne lui servait uniquement qu’à dissimuler une vie bien plus intéressante. Elle portait des sabots, un pull grande taille, bleu, en toutes saisons. Elle sortait avec le garçon le plus cool du lycée, ne riait jamais bêtement comme nous, et affichait une assurance à toute épreuve.
Une autre frappe. Une vieille chanson italienne lancinante.
La douleur est là. Des figures de cires qui dansent le tango. La jolie couleur du gâteau roulé à la carotte de ma tante, brillant comme un miroir. Mon amie Cécile qui appelle encore son chat « pilou, pilou... ».
Troisième frappe. Voilà, ce garçon en troisième, sans intérêts, sauf celui de porter des chaussettes noires. Je ne sais pourquoi, j’associais la couleur de ses chaussettes à une forte odeur de pieds, et je ne pouvais m’empêcher de regarder chaque jour ses chaussures et de penser aux éventuelles effluves.
J’ai mal. Les images qui organisent une chenille infernale, semblent vouloir sortir de mon crâne pour mieux la danser.
La divagation s’accélère, « un tient vaut mieux que deux tu l’auras », « jouer à qui perd gagne ».
Et juste avant que mon cerveau ne déraille, les médicaments finissent par immobiliser le wagon fou. Le kaléidoscope se fige. Le sommeil me délivre.

PRIX

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Laurent Mapas · il y a
Un jolie texte bien écrit.
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