Nuit d'envol

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Marc courut le plus vite qu’il put. Il sentait encore le regard jaune derrière sa nuque. La nuit était tombée, et les rues s’étaient vidées de leurs lots de passants habituels. Il était seul. Une fois arrivé sur une grande avenue, il ralentit son allure. Les battements de son cœur secouaient violemment sa poitrine. Il fit une pause, ses bras en appui sur ses genoux à demi pliés. Il pencha sa tête en avant afin de reprendre son souffle. Une vision d’horreur lui revint brusquement à l’esprit. D’un mouvement vif, Marc se retourna. Il n’y avait personne aux alentours. La camionnette se trouvait maintenant à quelques kilomètres de lui.

« Pourquoi est-ce que je suis fourré dans ce pétrin ! » maugréa-t-il envers lui-même.

Il se remit lentement en marche tout en se forçant à paraître détendu malgré sa seule présence dans cette rue. La station de métro la plus proche était à dix pattée de maisons. C’était bien trop loin. Il devait trouver un moyen plus rapide de renter chez lui. À ce moment-là, une automobile apparue à un croisement derrière lui. Le véhicule tourna dans sa direction. Lorsqu’il arriva à sa hauteur, Marc aperçut le mot taxi peint sur son capot avant. Sans perdre un instant, il se précipita vers lui en agitant ses bras pour le stopper. Le chauffeur baissa sa vitre à son approche.

Le visage souriait.

— Vous désirez une course, m’sieur ?

— Oh que oui ! Dis Marc, haletant. Je peux monter ?

— Mais bien sûr, m’sieur que vous pouvez ! Même que vous êtes mon premier client de la journée. Croyez-moi, je n’en attendais pas mieux !

Marc s’engouffra précipitamment dans le véhicule et donna illico au chauffeur la direction à prendre. Ce dernier reprit lentement sa route.

L’intérieur du taxi était confortable, ce qui mit à l’aise. Il observa les rues qui défilaient devant ses yeux. Des images se mélangèrent à celles du décor. Des images effrayantes. Une camionnette immobilisée. Debout à côté d’elle, une silhouette. Il s’était approché d’elle. Qui aurait refusé d’aider une jolie jeune femme en détresse ? Une banale crevaison de pneu. Et lui en parfait gentleman, avait accepté de la dépanner. Au fond de lui, il se disait que celle-ci, en guise de remerciement, l’inviterait peut-être à boire un coup, tant qu’à espérer.

Comment aurait-il deviné. Qui l’aurait pu d’ailleurs. Peut-être la clef à écrou ? Ben non. Son rôle avant tout était de dévisser des boulons. N’empêche, quand la beauté s’était plantée à ses côtés pendant qu’il jouait le mécanicien, ses poils sur ses bras s’étaient subitement redressés. Lorsqu’il se retourna, sa définition la clef à molette avait brutalement pris une autre option.

Le bruit silencieux du moteur le rassurait. Il était en sécurité maintenant. Ses yeux ! Qu’est-ce que c’était ? Son bras avait réagi sans qu’il ne sache comment. Le coup atteignit la tempe gauche de la créature diabolique qui vacilla en arrière. À cet instant, une seule chose lui vint à l’esprit : comment pourrait-il oublier ce visage.

Marc commença à somnoler. À travers la vitre du taxi, le décor se mit à tanguer. Il se redressa, hésitant. Il devait rêver, car il pouvait voir le dessus des maisons ! Il se frotta vigoureusement les yeux. Il était bien réveillé, maintenant, et il volait dans les airs avec un taxi !

— Eh ! Chauffeur ! C’est quoi ce...
Devant lui, le chauffeur resta immobile, sans aucune réaction. Marc tendit son bras en direction de l’épaule droite de celui-ci, mais il stoppa net son geste et son sang se figea. Dans la vitre du rétroviseur passager, des yeux jaunes souriaient. L’un d’eux sortait de son orbite suite à un coup porté sur l’arcade. Ensuite, un bruit, comme un sifflet d’une bouilloire surgit de nulle part, se changea en un long hurlement d’horreur qui lui vrilla les tympans.

Marc se renversa en arrière, ses mains sur ses oreilles, clouées par la force centrifuge. Ce qui fut auparavant un taxi se mua alors en une sorte d’horribles protubérances aux arrêtés vives. Le visage de cauchemar s’était retourné, et il comprit dans un chaos de cris qu’il n’aurait plus jamais l’occasion d’être galant auprès de qui que ce soit.
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