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Nuages

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Gerardp

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Je les vois passer devant ma fenêtre, tantôt lents et lourds, tantôt pressés et furtifs, parfois presque immobiles. Ils ont un rapport variable au temps. Lézarder pour traverser le ciel azuré et faire durer ces quelques moments de plaisir avant peut-être de se dissoudre, avoir tout à coup une activité passionnante qui vous fait accélérer pour jouer avec un avion, se poser pour observer le monde d’en dessous qui lui n’arrête pas de s’agiter.
Certains jours, ils sont moutonniers, sans personnalité quand leur forme se perd dans la masse. Sans que l’on connaisse leurs motivations ils sont parfois très sombres, ils attristent l’univers et mettent le moral en berne. Mais certains soirs récents de catastrophe qui nous ont bouleversées, ils ont été capables de laisser le soleil les transpercer et d’émettre des ondes d’espoir. A ce moment-là, leurs formes et leurs couleurs étaient des signes de résistance, du refus de se laisser noyer dans un horizon de détresse.
Ils ont l’instinct grégaire, il est rare qu’ils restent seuls. Ils aiment leur indépendance mais on en voit souvent l’un courir derrière l’autre. La solitude ne les intéresse pas. Un nuage seul semble perdu dans l’univers sauf s’il est narcissique et veut s’accaparer les regards. Mais, en général, dialoguer avec les mouettes ou les migrateurs ne leur suffit pas.
Parfois, ils sont farceurs. Ils agacent le soleil qui voudrait bien qu’on ne parle que de lui. Ils lui passent devant effrontément. Ils en font rarement le tour ou alors ce n’est pas de leur plein gré : le vent ne les laisse pas aller où ils veulent. Comme nous, ils ne sont pas totalement libres.
Et pourtant leur appétit de liberté est immense.
Il était une fois un jeune nuage qui voulait se baigner dans la mer. Mais le vent soufflait dans le mauvais sens, vers l’intérieur des terres.
Il se gonfla au maximum pour s’alourdir et avancer le plus lentement possible. Les autres ne comprenaient pas son intention. A force de prendre du volume, il se détacha de son groupe de camarades dont l’inquiétude grandissait. Personne ne devait braver le vent.
Tout à coup, il vit de grands bâtiments métalliques sortir de l’eau et surgir comme une tour Eiffel hors des flots. Il était encore trop haut dans le ciel mais il se détendit au maximum et laissa pendre sa queue jusqu’à ce qu’elle touche les pales de ces moulins de la mer : les éoliennes.
Ca y est, il était accroché. Il s’agrippa ; les rotations lui donnèrent le tournis ; il ne savait plus où il était mais il échappa au vent mauvais. Les plus grosses vagues lui chatouillait le ventre. Et tout à coup, il sentit l’eau salée l’envahir imperceptiblement. Elle était un peu rugueuse mais tiède et vivifiante.
Il se rendit compte alors que la mer et lui appartenaient à la même famille aquatique. Mais de là à se noyer dans l’eau salée, il y avait un pas qu’il ne voulait pas franchir. Heureusement, Zéphir envoya une rafale plus violente et le souleva sur ses épaules avant qu’il ne sombre. A chacun sa place.
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