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Novembre 2016 - Babelio - Le Mauvais temps

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Caroline-H

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''Est-ce que tu as préparé...''

La voix de son patron se perd dans la grande salle. Ce job est tout ce qu'il y a de plus répétitif ; un travail bête et méchant ne laissant plus tellement de temps à sa vie privée.

''T'as fait le...'' Mais elle a besoin de l'argent. ''T'es sûre, hein?". Alors elle se met en mode automatique; elle n'est plus qu'un robot effectuant les mêmes tâches plusieurs fois par jour, tous les jours.

''Hé! N'oublie pas de...''

Mais elle sait. Les instructions, les consignes, les protocoles, les habitudes. Tout est l'éternel recommencement de la veille, et du jour d'avant. Et de tout ceux qui l'ont précédé depuis qu'elle travaille ici.

Alors elle sait.

Elle voudrait leur dire de se taire. Elle voudrait crier et briser tout ce qui a le malheur de se retrouver entre ses mains. Elle voudrait se cogner contre les murs, et se réfugier sous la table la plus proche, se cacher dans le coin le plus sombre.

Les sourires forcés et les mises en scènes d'une bonhomie de quotidien la rendent furieuse. Les rires sonnent faux et les masques hypocrites d'amitiés simulées ont quelque chose de laid, d'agressif.

Elle se sent bousculée, comme n'ayant aucun rôle à jouer, et n'étant qu'une gêne sur la scène de ce théâtre de la vie.

Tout semble factice et de trop. La lumière trop intense, les exclamations trop bruyantes. Le rythme trop rapide. La chaleur artificielle des chauffages trop étouffante. Trop.

Trop.

Quand elle ferme la boutique et se retrouve seule sous le ciel d'automne, le soulagement est si soudain qu'elle a besoin de marquer une pause.

Le temps, lui, n'en fait qu'à sa guise. Le ciel est gris et la pluie commence à tomber. Le vent se morfond en une plainte inquiétante. Les couleurs du paysage ne sont que des nuances de bruns et de gris.

Elle repense à ses collègues qui parlaient d'un temps de chiens, à rester au lit.

Mais elle, elle ne voit qu'un monde vrai. Un poids énorme libère ses épaules et sa poitrine. Enfin, elle peut respirer.

Le vent souffle avec plus d'insistance et elle ferme les yeux un instant, sentant la chair de poule se répandre le long de ses avant bras.

Elle emplie ses poumons d'un air frais, pur, revigorant. Elle se sent plus légère.

Malgré son corps secoué de frisson; malgré ses vêtements humide lui collant à la peau, et ses cheveux dégoulinant sur son visage, les gouttes s'accumulant sur ses paupières et obstruant sa vision - elle reste là, se tenant au milieu du chemin, savourant les sensations.

Elle se sent simplement en vie.

Elle fait confiance à cette planète sans faux semblant, dans laquelle chaque action entraîne une conséquence. Elle se sent en communion avec la nature:

Le vent qui gémit et se lamente fait écho à ses angoisses, à ses pensées les plus sombres.

La pluie qui tombe averse est comme une acceptation, comme une permission de montrer ses émotions. Comme une main réconfortante sur son épaule.

Le bruissement des feuilles est comme une voix douce lui soufflant dans l'oreille que tout va bien, qu'elle peut se laisser aller. Il est comme un murmure annonciateur de toutes les possibilités, comme une voix au loin qu'on ne distingue pas encore très bien. Peut-être qu'elle ne le comprend pas encore, mais ses pensées s'organisent doucement en un murmure indistinct, et bientôt une solution se présentera à elle.

Elle fait partie de ce monde sensuel et sensible, vivant.

(Au loin, les contours de sa maison se dessinent)

Ici, parmi les arbres et les chemins de terre mouillée, elle a sa place.
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