Nous sommes différents

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Les rayons du soleil s’estompent pour laisser place à l'obscurité. Comme chaque soir depuis qu'ils ont quitté les leurs, Thierry et Toumaï, son jeune fils, cherchent un abri où passer la nuit. Il leur tarde d'ôter leurs capuches et manteaux afin de retrouver un peu de fraîcheur.

- Ici ! S'écrie l'enfant en pointant du doigt un trou dans le sol.
- Reste derrière moi fiston. Lui répond Thierry de sa voix grave et éraillée.

Le père dégaine un revolver rouillé qu'il arme aussitôt. Tous deux s'avancent vers la cavité, remuant la poussière à chacun de leurs pas. Un œil sur la mire, une main sur la tête de son enfant, blotti dans son dos, il se penche au dessus de la trouée.

- C'est un escalier fiston.
- On y va ?
- Oui, mais reste bien collé à moi et si jamais...

Toumaï coupe la parole à son père, excité de répondre.

- Je sais Pap', si jamais danger il y a, je cours sans me retourner. Rétorque t-il en souriant malicieusement.

Thierry ne répond que par un sourire timide mais fier. Puis, tous deux s'engagent dans le noir balayé par la faible lueur d'une lampe torche fatiguée. A peine ont-ils descendu quelques marches que le parent s'arrête devant une porte entre-ouverte.

- Je vais jeter un œil, toi tu fais comme d'habitude.
- Oui papa, je sais.

Avec discrétion ils passent la porte pour découvrir une petite pièce remplies de vieux écrans brisés et poussiéreux. Constatant qu'il n'y a pas d'autre accès, Thierry referme derrière eux. Il s'empresse ensuite de bloquer l'accès avec une chaise posée contre la poignée de porte.

- Ici c'est bien pour passer la nuit mon fils. Pose ton sac et prépare nos lits.
- D'accord papa. Que mange t-on ?
- Je vais voir ça.

L'enfant s'empresse de sortir des sacs deux vieux duvets crasseux et déchirés. Alors qu'il installe le campement de fortune, un morceau de papier attire son attention. Il se glisse sous le bureau pour le saisir. C'est une vieille photographie à peine chiffonnée mais aux couleurs passées par le temps. Un homme et une femme dans les bras l'un de l'autre, souriant à pleines dents. Toumaï la contemple avec curiosité, sans émettre le moindre son. Thierry, en plein inventaire de vivres et munitions, comprend très vite ce que son fils regarde et il sait qu'il va lui poser la question.

- Papa ? Demande discrètement l'enfant.
- Oui mon fils.
- Ces gens, pourquoi ils sont comme ça ?
- Comme ça ? Que veux tu dire fiston ?
- Leur peau, elle est si...

Compréhensif, le parent épargne à son enfant la recherche du mot qui lui fait défaut.

- Lisse, c'est le mot que tu cherches ?
- Oui, elle est lisse et propre. C'est beau. Répond l'enfant d'une voix calme et admirative.

Toumaï ne peut quitter des yeux sa trouvaille. Il observe chaque détails, chaque couleur et avant qu'il n'ai le temps de poser à nouveau la question, son père décide de lui parler.

- C'est une photo d'un couple d'amoureux mon fils. Autrefois, à l'aide d'appareils on pouvait immortaliser chaque instant en le transformant en image telle que celle-ci.
- Un couple d'amoureux ?
- Oui, ta mère et moi nous étions un couple d'amoureux, tout comme ces deux personnes.
- Mais leur peau ?
- Ils sont normaux mon fils.

Thierry soupire et cesse ce qu'il faisait pour retirer sa capuche. Il révèle son visage suintant, pourrissant, quasiment nécrosé.

- Si nous sommes ainsi, c'est notre faute à nous les hommes.
- Comment ça ?
- Nous étions comme les gens sur cette photo auparavant. Puis nous avons détruit notre monde par avidité, jalousie. Cet aspect est notre punition.
- Et moi ? Je n'ai rien fait ! Répond l'enfant, indigné.
- Non mon fils, c'est horrible, mais tu payes pour les erreurs de tes ancêtres. Je suis désolé, mais c'est ainsi. C'est la leçon du jour, la vie est injuste, alors ne la rend pas plus difficile, ni pour toi, ni pour les autres.

Toumaï jette la photographie et cache sa tête dans ses bras. L'homme se lève pour rejoindre son enfant. Il pose sa main sur son épaule et reprend la conversation.

- Si nous avons quitté les autres, c'est parce qu'ils feront les mauvais choix. Ils vont reproduire nos vieilles erreurs. Ta vie sera difficile mon enfant, tu dois être fort et bon. Je t'apprendrai.
- Difficile ? Demande t-il en relevant la tête.
- Il y a des gens épargnés par cette malédiction qui nous ronge.
- Des gens comme sur la photo ? Il en reste ?
- Oui. Soupire Thierry, les yeux clos.
- On en verra ?
- Oui, et c'est à ce moment qu'il faudra être les plus prudents possible.
- Pourquoi ?
- Parce que nous sommes différents d'eux et qu'ils ne verront probablement que notre physique.
- Ils nous feront du mal ? Demande l'enfant d'une voix sanglotante.
- Oui, car pour eux, nous ne sommes que des « mutants »...

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