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Nous n'avions que quinze ans.

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Plumenocturne

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Nous n'avions que quinze ans cette année-là.
La température glacée de l'eau ne m'empêchait pas d'y entrer lentement.
J'avais gardé mes chaussures dans une main, les lacets entortillés autour de mon poignet et de l'autre, je touchais la surface du liquide froid.
Il faisait trop sombre pour contempler l'horizon mais j'entendais distinctement les vagues s'écraser contre la crique.
J'en avais presque oublié que nous étions en train de fêter la fin de l'année.
Pourtant, de la plage, la musique faisait écho contre les rochers.
Une jeune femme passa devant moi, le clair de lune me suffit pour la distinguer.
Elle était suivie d'un homme, probablement son petit copain.
Il l'attrapa par la taille avant de la faire tournoyer dans les airs.
Ils étaient beaux au point de m'en rendre affreusement jalouse.

J'étais alors retournée sur le sable pour m'allonger.
Le son de la fête me berçait tendrement et j'en oubliai presque le couple qui s'amusait à quelques mètres de moi.
Une voix se mit à briser le silence, j'entendis mon prénom résonner dans le vent.
Ouvrant les yeux, je distinguai les deux amants qui, paniquaient qu'on les découvre, étaient partis en courant. Puis, je te vis. Tu me faisais face et, même dans cette obscurité, ton ombre me cacha la vue de l'océan.

Après un léger soupir, t'avais fixé le fin croissant de lune présent cette nuit-là. Tu m'as alors accompagné au sol tout en collant ton crâne au mien. Puis, dans un silence de mort, nous avions contemplé le ciel et moi, en secret, j'espérais que tu ne m'abandonnes jamais, que tu restes ancré dans ma vie car tu étais ce genre de personne dont on n'avait aucune envie de se séparer, pas même le temps d'un week-end. T'étais ce type étant capable de venir chez moi à trois heures du matin si je pleurais et à fuguer en ma compagnie si j'avais simplement envie de m'évader un peu. Ton être tout entier m'obligait à t'aimer mais de quelle manière ça, je ne le sais toujours pas...
Après quelques heures allongées, nous sommes partis, laissant l'océan derrière nous.

Idiot pour être la meilleure soirée de mon existence je dois l'admettre mais elle fut la dernière que je passai avec toi. Tu es mort dans un accident le lendemain soir et mes espoirs éclatèrent en un milliard d'irréguliers morceaux.
C'est dingue, trois années se sont écoulées depuis ta disparition et ton manque m'est toujours insupportable. J'aurai dû te le dire il y a déjà longtemps mais je n'ai jamais osé. Je te considerais sans doute comme bien plus qu'un simple ami mais après tout. Nous n'avions que quinze ans cette année-là...
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Fred Panassac · il y a
Très bien écrit et touchant !
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Antoine Finck · il y a
Joli texte.
"je distinguai les deux amants qui, paniquaient qu'on les découvre, étaient partis (…)" : "paniqués" je propose ;-)

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Utilisateur désactivé · il y a
C'est très touchant !
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J. H. Keurk · il y a
Une belle émotion très pudique. Juste un mot, vous faites l'élision du pronom personnel par trois fois, c'est dommage car cela casse le charme de la lecture. Je l'aurais bien vu en compétition celui-ci.
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