Nostalgie de mes 80 ans

il y a
2 min
0
lecture
0
Et dire que j’ai 80 ans,...ce n’est pas Dieu possible.
Je me souviens encore de nos virées entre amies, quand nous étions dans la force de l’âge,...toutes les occasions étaient bonnes pour nous retrouver autour d’une table, jouer une partie de cartes dont les règles nous avaient été apprises patiemment par un de nos petits-enfants de passage, nous faisions notre grand chic qui consistait alors à faire un brushing apprêté, aussi longtemps que nos bras voulaient bien l’accepter, nous saupoudrer de talc pour nous rendre la peau sensiblement plus douce et fraîche, nous parfumer de douces effluves légères qui ne laissaient aucune de nous indifférente en souvenir d’étreintes malheureusement définitivement passées.
Certains soirs, nous choisissions de goûter un vin ou l’autre, sorti de derrière les fagots , parfois très poussiéreux, mais nous nous en fichions éperdument, nous l’accompagnions d’un bon quatre-quarts maison et nous étions joyeuses, parfois même légèrement pompettes et revenions chez nous précautionneusement en nous tenant au mur, au grand dam des voisins toujours un brin curieux.
J’en étais là de mes pensées quand soudain j’aperçus mon petit locataire du dessous qui sortait son chien pour une petite promenade. Qu’il était doux de laisser son esprit gambader en imaginer ce grand sportif courant librement dans le parc de la citadelle, affublé de son seul singlet qui aurait rendue « baveuse » chacune de mes gentilles amies coquines mais néanmoins âgées.
Maintenant seule, dans mon petit appartement quatre pièces, je pouvais me permettre de rêver à ce jeunot, car après tout, personne n’était dans ma tête et le rêve était permis.
Je m’imaginais avec quelques 50 ans en moins, « Ouh, que le temps file... » me retirant dans ma salle de bain pour enfiler ma robe la plus sexy et la plus jolie qu’on n’ait jamais créé, même sur le plus joli des podiums de stars.
Mais me voilà maintenant, décrépie, des rides à n’en plus compter et avec comme seule compagnie mon vieux chat plein de rhumatisme. Il n’y a pas d’avance, il faut accepter son âge, vivre avec ses souvenirs quand ils sont doux, se rappeler du bon vieux temps et tant qu’à faire, pourquoi ne pas remplir ses yeux de belles choses comme un voisin musclé, énergique et probablement fougueux.
Mes amies me comprendraient certainement. Dans ma presque solitude, j’avais du temps à tuer, j’épluchais rigoureusement quelques revues passées de date, laissées à bas prix à la librairie du coin et y trouvais des amants plus doux et tendres que possible, je rêvais de rencontres au coin du feu, une flûte de champagne à la main ou de menus gastronomiques qu’ils m’auraient mijoté amoureusement afin de m’attirer dans leurs filets gargantuesques, en guise de prémices à des ébats passionnés sur des coussins soyeux.
Ma vie n’avait pourtant pas été du luxe, mais à juste titre, dans mes vieux jours, j’avais envie de me rattraper comme je pouvais !
Ni seule, ni vraiment accompagnée, j’avais fait de mon mieux pour tirer mon épingle du jeu, errant parfois entre désespoir et espoir d’une vie meilleure. J’avais su me faire aimante, patiente et attendrissante pour me faire apprécier un peu de mon entourage proche. Je m’étais rapprochée des plus justes, des plus marrants, tentant de les toucher pour être préservée de mon sort parfois un peu tristounet, pour ne pas recevoir de critiques aussi, je ne supportais plus cela, à la longue, elles vous tuent à petit feu et je voulais vivre, moi.
Certaines de mes amies avaient choisi maintenant de se laisser aller, ne supportant ni bruit, ni échanges verbaux de quelque manière que ce soit, se contentant de faire quelques pas à la supérette du coin en guise de sortie. Plus d’extras sensoriels, plus de sourires sur leurs jolies lèvres colorées du passé, plus de petites douceurs pour améliorer leur jovialité d’un autre temps.
Elles étaient sur la pente douce, acceptant la fatalité d’un au revoir définitif en vivant de peu, d’un rien, de solitude ; en ne supportant plus qu’un murmure, qu’un rai de soleil à l’aube, qu’une chandelle posée négligemment au coin de la table, qu’un maigre repas qui aurait du mal à rassasier un moineau.
Je ne pouvais pas les juger, ça m’attristait mais à chacune sa vie, à chacune sa croix. J’avais choisi de me reposer sur mes lauriers, d’enfin profiter de chaque minute que l’horloge voulait bien me laisser. Rester amorphe dans mon fauteuil, avec ses occupants repoussant de sueur ou d’alcool, n’était plus dans mes priorités, je voulais baigner dans le bonheur, enfin.
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !