Je suis juste le néant  [+]

Avertissement : Le sujet qu'aborde ce texte peut-être amené à choquer.


Mon bras est rouge. Pourquoi est-il rouge ? Comme lorsque je jouais à la peinture étant enfant. Mais ce n'est pas de la peinture, c'est du sang. Il se propage et imbibe le mouchoir tout entier, des gouttes s'écrasent une à une sur le sol gris de la salle de bain. Rouge.

Je n'ai pas mal. Lorsque la lame à entaillé ma peau, j'ai serré les dents, ravalé ma douleur qui est ressortie par mes larmes. La douleur a disparu. Je ne sens plus rien, je flotte dans l'espace, plus rien dehors, plus rien dedans. Vidée.

Les secondes s'étirent à l'infini, ou bien le temps s'est arrêté. Je suis toujours appuyée contre le rebord du lavabo, un miroir me fait face. A l'intérieur une fille me regarde, nue. Ses grands yeux bleus ont l'air gris, comme la mer après un orage. Son visage rond et ses grosses joues rouges contrastent avec ses lèvres, trop présentes. Ses épaules pointues sont voutées vers l'avant. Ses seins tombent, comme si eux aussi avaient renoncés. Son ventre, je le vois il est énorme, tout son corps est énorme, elle ressemble à un cachalot échoué sur une plage. Pourquoi est-elle si grosse ? Sur ses cuisses, des cicatrices, certaines blanches, fines, d'autres roses ou violettes, plus ou moins larges, plus ou moins étendues. Un combat mortel s'est déroulé sur ses jambes. Son corps est si abîmé. Cette fille, est-ce que c'est moi ? Je penche un peu la tête et elle fait de même.

Et si ce miroir reflétait aussi l'intérieur, pourrais je voir à quel point je suis détruite ? Je me demande à quoi ressemble un esprit torturé comme le mien, détruit. A un amas de couleurs trop vives. Comme le Rouge. Sur mon bras et sur le sol.

Le sang goutte toujours, une petite marre c'est formée sur le sol, j'ai chaud. J'ai très chaud à la tête. La fille dans le miroir tourne, toute la pièce tourne tandis que des points noirs restreignent ma vision de plus en plus.

Effrayée, je m'assois à même le sol, tout mon corps me reviens d'un coup. Il est si lourd, j'ai l'impression qu'il est fait de plomb. Mon cœur bas lentement mais si fort que je l'entend résonner dans chaque parcelle de mon être. Il me fait mal, cogne contre ma poitrine comme si il voulait s'en échapper. Mon avant bras me brûle, j'ai l'impression que l'on me verse de l'acide dessus. Je vois le sol se rapprocher dangereusement, mon front s'appuie contre le carrelage froid mais je ne suis encore consciente. Je vois le sang par terre juste à côté de ma tête. J'ai si mal. Chaque parcelle de mon corps me fait souffrir, je me sens écrasée, rouée de coups.

Les larmes coulent de mes yeux sur mes joues vers le sol, viennent se mélanger au sang. Est-ce que je vais mourir ? Est-ce comme ça que cela va finir ? Sur le sol d'une salle de bain, nue. Je n'en peux plus, il est temps que cela s'arrête, définitivement. Je ne regrette rien, plus rien ne me retiens ici. Je veux quitter mon corps abîmé dans lequel je suis si inconfortable. Quitter mon esprit qui pense trop, qui pense de travers. Quitter cette maison ou personne ne comprends ce que je ressent. Quitter ce pays ou la société nous impose des normes que je n'ai pas su suivre. Quitter cette terre peuplée d'hommes et de femmes stupides et cruels. Juste arrêter.

Ne plus jamais sentir la douleur, le vent sur ma peau pourtant me manquera. Trop tard. Ne plus jamais voir la ville, la montagne et toutes ses choses peuplées de couleurs qui agressent mes paupières, le visage du petit garçon qu'est mon frère me manquera. Trop tard. Ne plus jamais entendre les sons, les crissements, les grincements des voix qui s'attaquent à chaque nerf traversant mon corps, le son grave du violoncelle me manquera. Trop tard. Trop tard. Je veux partir, je suis prête maintenant.

Mes yeux se ferment, le Noir prends sa place, il me berce. Il est là, il est plus agréable que les couleurs, il est neutre. Le Silence me chuchote que tout ira bien. Le Noir et le Silence ne mentent pas. Jamais. Nous dansons. Et je pars...
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