Noces de porcelaine

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L'année de mes 12 ans, j'ai envoyé un poème au journal Var Matin République. Il a été publié. Mon choix était fait ; je deviendrai écrivain ! La vie m'a entraînée vers d'autres contrées  [+]

Image de Printemps 2015
Cela fait plus de vingt ans que je n’y suis plus retournée. Vingt ans depuis le drame. Mes amis m’ont déconseillé ce voyage. Noces de porcelaine, un mariage aussi bref ne s’oublie pas.

Entre Saint Raphael et l’Italie, la voie ferrée serpente sur l’ancienne voie romaine : côte déchiquetée de la Corniche d’Or, vertigineuses falaises de calcaire, géométrique démesure des ports de tourisme, baies de sable blanc et de galets. A la faveur d’une trouée végétale, la lenteur du train permet parfois aux regards curieux de débusquer les jardins centenaires d’inaccessibles propriétés.
Cette beauté dérange mon malheur jusqu’à l’écœurement.

Un long tunnel sombre aspire l’intrus d’acier jusqu’en gare de Monaco, terminus de mon périple méditerranéen. D’immenses baies vitrées jettent leur lumière sur le marbre blanc des quais. Une foule compacte, joyeuse et bruyante se presse vers l’office de tourisme. Je choisis une sortie solitaire.
Le bonheur des autres m’est insupportable.

Sous le regard de la statue de Sainte Dévote, patronne de la Principauté, j’emprunte le quai Albert 1er. Surplombant le Port Hercule, le Palais Princier agrippé au rocher immense, m’invite à l’ascension de ses escaliers. Le pas lourd, je suis avec mépris le cortège désordonné des promeneurs qui assiègent la place. 12 h. Relève de la Garde. Les Carabiniers, bleus chapeautés, scandent leur ballet militaire, imperturbables sous les objectifs. La foule radieuse se presse le long des parapets se disputant la pose sur les canons rouillés.
Je hais ces sourires figés, immortalisés.

Au nord, la ville s’élève dans les collines comme un mille-feuilles de jardins et d’immeubles aux façades scintillantes sous le soleil d’été. Happée par la vue, je prends un taxi. Je m’assois derrière le chauffeur pour mieux observer la ville qui dégringole jusqu’à la mer. Par-delà la vitre du véhicule, je frémis parfois à la vue plongeante qui se profile au hasard de la route. Une musique s’échappe du poste de radio. Un son vintage accompagne mon pèlerinage.
Mon cœur se fend un peu plus.

Le taxi vient d’arriver au Jardin Exotique. Je demande au conducteur de continuer le long de la corniche. Je ne sais pas ce qui m’a pris. J’aurais pu choisir de marcher sur les étroits chemins bordés de plantes succulentes et de cactus. J’aurais pu m’attarder sur les bancs taillés dans la roche. J’aurais pu voyager dans le temps à la faveur des trois cents marches aménagées dans la grotte préhistorique de l’Observatoire.

J’aurais pu si... si le soleil avait brillé un peu moins fort, si le moment avait été moins beau, si je n’étais pas montée dans ce taxi, si le camion était arrivé une seconde plus tard.

Perdue au milieu d’un jardin centenaire, j’observe avec inquiétude les mouettes qui ricanent en volant dans ce ciel trop bleu. Parfois, je les sens qui me touchent avec leurs becs. Un train vient de passer. Il serpente le long de la côte déchiquetée. La trouée végétale offre aux regards effarés des touristes, la vision de mon corps porcelaine éclaté sur les rochers.

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