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Niwa

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Camille-Marie

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La chance? Marguerite n'y croyait pas, ne lui laissait même pas une chance de pointer le bout de son museau. D'ailleurs avait-elle un museau, une paire d'ailes, était-elle une étoile ou une aiguille dans une botte de foin, un fer à cheval ou un numéro ou les sept numéros du loto?
Même au loto, elle n'y jouait pas. Elle trouvait cela presque humiliant:"attendre je ne sais quoi de je ne sais qui, que la vie vous sourie.Non, ça ce n'est pas mon truc", songeait elle au volant de son C 15.
C'est comme cette bonne vieille camionnette bleue. Elle n'était pas arrivée là toute seule devant chez elle. Marguerite avait battu la campagne pour enfin dénicher le véhicule de société. La perle rare!
Elle sourit de satisfaction en y repensant. La chance n'avait pas sa place dans la vie de Marguerite car elle prenait bien soin de tout verrouiller, de tout maîtriser, de tout contrôler. C'était pour elle comme une bulle protectrice qui la mettait à l'abri des déceptions. Elle s'était enfermée dans cette sorte de liberté mais s'y sentait un peu seule malgré tout alors qu'un appétit de bonheur l'habitait en permanence.
Quand la brocanteuse s'arrêta devant la maison de ville des années 20, un frisson familier s'empara d'elle comme à chaque fois qu'elle allait découvrir une "nouvelle prise".
Elle entra dans un corridor sordide et gravit les trois étages dans le noir. Ses défenses commencèrent à céder. elle arriva devant deux portes sans nom.Au hasard, elle frappa sur celle de droite. Le sort fut clément et la porte s'ouvrit.
Marius l'invita à entrer en souriant.
"Bonjour! Marguerite Fortuna. Je viens pour le labo photo.
-Alors , il y a encore des gens pour s'intéresser à la photo argentique? s'amusa Marius.
- Oui, plein. C'est comme les vinyls. Le charme de l'imperfection c'est rassurant à notre époque. C'est beau aussi, non?
-..."
Marius lui proposa un café. Marguerite qui s'était fixée qu'elle refuserait au motif qu'elle était pressée, accepta. Curieuse, elle regarda autour d'elle.
Le studio qui ressemblait à celui d'un artiste du XIX°était plutôt encombré. des tableaux minutieux habillaient les murs, un chevalet dans un coin à côté d'un lit, attendait. Les pinceaux cohabitaient avec un peu de vaisselle.
"J'oublie parfois le ménage.." glissa Marius.
Marguerite habituellement si pointilleuse sur le sujet se surprit à ne pas y prêter attention tant elle se sentait bien. Cela la perturba UN PEU. Troublée, elle se mit à parler plus que de raison et s'en voulut.
Elle observa Marius , l'air de rien. Il n'était pas dans la séduction, il en était d'autant plus séduisant. cela lui plut, BEAUCOUP.
Elle eut l'impression qu'il n'était pas pressé de la voir s'en aller, mais ne chercha pas à la retenir. Elle aima cela PASSSIONNEMENT.
Dans son C15, Marguerite se sentit tout à coup bien seule. Soudain , elle se rendit compte que Marius lui manquait. C'était ridicule! Elle pestait. Tout ce qu'elle avait bâti pour se protéger s'effondrait comme un château de sable emporté par une lame de fond.
Le moindre abandon lui coûtait. Elle en était terrorisée.En même temps, elle dut admettre que c'était délicieux. Et elle se laissa griser A LA FOLIE.
Rentrée chez elle, elle découvrit le matériel de photo, encore étourdie. Elle y trouva quatre diapos oubliées. Elle fut tentée de les regarder mais une pudeur teintée de mauvaise conscience s'abattit sur elle.
Peut-être ces petits vitraux , comme des morceaux de vie, étaient- ils importants pour Marius?
Happée par le destin, elle s'engouffra dans son C15 et se précipita chez Marius, comme aimantée. Tout lui échappait. Elle en éprouvait de la colère, de la panique et du plaisir.
Elle stoppa à quelques mètres de la maison de Marius et ferma les yeux. "Marguerite Fortuna, quel coup du sort t'a amené jusqu'ici?" pesta -t-elle.
Méritait-elle le bonheur jusque là interdit ? En serait-elle à la hauteur?
Tremblante, elle s'engagea dans le corridor sordide et gravit les trois étages sans parvenir à fuir. Une main frappa à la porte.C'était la sienne. Elle était en train de faire une chose qu'elle n'avait pas décidée et qui la dépassait. la porte s'ouvrit. Marius souriait avec douceur.
Vite, les yeux de Marguerite fuirent ceux de son interlocuteur. " Lâche!", se lança-t-elle. Ils se posèrent sur un vieil ours blotti dans l'entrée.
"C'est mon ours. Je l'ai retrouvé il y a peu de temps dans le grenier de mes parents." expliqua Marius.
L'ours était râpeux, marron, sa bouille reflétait douceur et sagesse. Un petit ruban gris bleu pendouillait à son cou.
" Il est beau. Comment s'appelle-t-il? interrogea Marguerite.
-Niwa. Je ne sais pas s'il est beau, mais il est, en tous cas.
-Ca veut dire quoi, Niwa?
-Ca veut dire "chance", répondit Marius en serrant Marguerite dans ses bras.

PRIX

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Camille-Marie · il y a
Marguerite vous remercie et vous apporte son soutien!
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Jean Calbrix · il y a
Une histoire d'amour fort bien amenée. Marguerite a eu la chance de terminer de s'effeuiller sur le pétale de la folie ! Bravp, Camille-Marie ! Vous avez mon vote.
Mon Lucky Luke est en finale un peu grâce à vous. Vous pouvez revoter pour lui si le cœur vous en dit : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/ouaip

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Camille-Marie · il y a
Merci un peu ,beaucoup...Mim57!
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Mim57 · il y a
J aimé..un peu .....beaucoup ......Vraiment BEAUCOUP !!!( signé : la sœur de Jmi!)
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Camille-Marie · il y a
Merci à vous!
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Lucien · il y a
Bravo
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Françoise · il y a
De l'humour, du "suspence" et beaucoup de poésie bravo
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Camille-Marie · il y a
Merci beaucoup.
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Christine Dufour · il y a
Une histoire pleine d'espoir.
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Camille-Marie · il y a
Merci vraiment pour ces commentaires impliqués et touchants. Belle journée!
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