Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre

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Deux romans et une vingtaine de nouvelles publiés à ce jour, avec des incursions dans le théâtre et les scenarii de courts métrages. Je vous laisse goûter mes œuvres et, si vous en redemandez  [+]

Nous reposions côte à côte, dans la douce torpeur qui suit l’étreinte des corps.
- Si, un jour, je te quittais, je choisirais un homme diamétralement opposé à toi, murmura-t-elle.
- Pourquoi me quitterais-tu ? demandai-je d’un ton faussement détaché.
- Là n’est pas la question. Ce qui importe n’est pas pourquoi, mais pour quoi faire ? Pour aller où ?
- Soit. Et où irais-tu ?
- Je te l’ai dit. Vers un homme qui ne te ressemblerait en rien.
- Et pourquoi donc devrait-il ne me ressembler en rien ?
- Je pourrais te répondre que ce serait pour ne pas me trouver en situation de te comparer à lui. Je serais affligée que cette comparaison te soit défavorable. Mais, pour être honnête, ça ne serait pas la première de mes préoccupations. Non, quand je te quitterai, je me lierai à un homme en tous points dissemblable à toi pour ne pas éprouver le sentiment, même si hélas il est fondé, que nous n’avons pas de libre arbitre, que nous sommes captifs d’un déterminisme aveugle tout comme les planètes sont captives du champ gravitationnel de leur étoile.
- Tu as commencé au conditionnel et tu en es déjà au futur.
- Alors restons dans le présent, mi amore. Faisons le durer une éternité.
Répondant à l’invite, j’enveloppai de ma main son mont de Vénus. Mes doigts se glissèrent dans les replis humides de son sexe, remontèrent sur les crêtes de ses pétales, jouèrent avec le diamant de chair, plongèrent à nouveau dans l’antre de l’oubli. Nos lèvres se joignirent, nos langues s’enlacèrent, nos regards se cherchèrent avant de se fuir. D’une caresse appuyée, paume contre nuque, je la fis pivoter. Je posai ma bouche entre ses bruns hémisphères et goûtai le mystère des origines. De tes orifices et tes édifices, je suis le gardien, hurlai-je en silence. En elle, sur elle, je mordis ses épaules, pressai ses dômes et humai la fragrance de sa chevelure fauve. Je ne consentis à me retirer que pour recouvrir d’une écume blanche l’ancre marine qu’elle arborait au creux de ses reins.


L’éternité, je le pressentais, ne dura pas au-delà de vingt-quatre heures. Elle était partie comme elle était venue, en toute discrétion. Je revins de ma sortie en mer avec une boule de plomb dans le ventre. Elle n’avait emmené qu’un bagage de cabine et quelques vêtements. Je la cherchai dans tous les bars et hôtels du port. En vain. Personne ne l’avait vue, ni même ne semblait la connaître. Je me suis assis à la terrasse d’un café, face à l’océan, et j’ai repensé à notre rencontre, six mois auparavant. Elle descendait d’un cargo en provenance de Chypre. Je réparais mes filets et je l’ai vue s’avancer vers moi. Elle m’a demandé si je connaissais un endroit pas trop cher où elle pourrait loger quelques temps. Elle m’a dit aussi qu’elle cherchait du travail. Je dois l’avouer, ça n’est pas par compassion que je lui ai proposé de venir chez moi. Dès qu’elle a ouvert la bouche, j’ai brûlé de désir pour elle. Elle était certes belle, d’une beauté étrange, anachronique, comme le sont les statues antiques, mais c’est sa voix qui a éveillé en moi un feu vivace. Une voix grave et triste qui portait la mémoire d’une civilisation disparue. Et c’était de ne plus l’entendre que j’aurais le plus à souffrir.

Six mois se sont écoulés depuis son départ, je devrais dire sa disparition. J’ai continué à la chercher pendant des jours et puis j’ai compris qu’elle avait fait en sorte que je ne puisse jamais la retrouver. Hier, sous les murailles du fort adossé au port, j’ai rencontré une femme qui lui ressemblait étrangement. Ses yeux sont bleus, les siens étaient verts ; son teint est pâle, le sien était hâlé. Néanmoins, leurs traits, leurs silhouettes, présentent des similitudes frappantes. Quant à leurs voix, elles sont indiscernables.
Nous avons échangé quelques mots et je lui ai proposé de venir goûter l’ombre de ma demeure. Elle m’a suivi sans crainte. Nous savions l’un et l’autre que nous ne nous contenterions pas d’une discussion aimable devant une tasse de thé. Il était encore chaud quand nous nous sommes mutuellement déshabillés. Elle a pris mon sexe dans sa bouche et j’ai enfoui mes lèvres dans sa toison vénitienne. Elle avait la douceur de la soie et le parfum des fleurs sauvages. Très vite, ma respiration s’est emballée. À ce rythme, je redoutais de ne pas tenir longtemps mais, avant que je n’explose, elle m’a, d’autorité, repoussé sur le dos et a enfourché ma verge dressée. Au début, pendant qu’elle me chevauchait, ses globes majestueux en apesanteur au-dessus de mes yeux, je ne pouvais m’empêcher de penser à l’Autre. Puis, subitement, le souvenir visuel que je gardais d’elle s’est volatilisé et leurs visages se sont confondus. Et quand j’ai libéré ma semence, j’ai senti que la vie reprenait son cours.

Aujourd’hui, j’ai emmené mon amante chez un vieil ami artiste. Autrefois, sa clientèle était essentiellement constituée de marins en escale. Les choses ont bien changé depuis. Au creux des reins de ma sirène, il a tatoué, dans une belle teinte marine, une ancre.

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Keith Simmonds · il y a
Histoire fascinante avec une chute tout à fait exceptionnelle! Bravo! Mon vote!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/ete-en-flammes

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