Neuf mois en moi...

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Je suis Amandine, maman de deux adorables enfants (surtout quand ils dorment) et auteure à mes heures perdues (qui sont donc extrêmement rares). J'aime écrire pour libérer les mots des sujets qui  [+]

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J'ai eu neuf mois pour apprendre à t'aimer. Neuf mois durant lesquels je t'ai voulu, senti, presque touché à travers cette fine paroi.
J'ai eu neuf mois pour te deviner, t'imaginer, te rêver. Neuf mois pendant lesquels j'ai préparé minutieusement ta venue, jour après jour, semaine après semaine.

Tu es un garçon. Tu t'appelleras Matis.

Les premières contractions surgissent au petit matin et s'accélèrent rapidement. Je sais qu'aujourd'hui nous allons enfin nous rencontrer, et que nos regards vont pouvoir se croiser. Je suis tellement heureuse.

Je retiens mes larmes. J'ai si mal que cela en devient presque inhumain. Un accouchement, c'est douloureux, mais j'ai souhaité te donner la vie le plus naturellement du monde. Je suis solide, coriace, sans failles et j'y arriverai !

Le monitoring traçant ton activité cardiaque ralentit soudain ; puis s'arrête ; puis sonne un bip interminable. Il me faut moins d'une seconde pour comprendre. Je pousse de toutes mes forces pour t'évacuer, t'expulser pour, peut-être, te sauver. Je ne sais pas où je puise cette énergie qui me manquait tant quelques minutes auparavant. Tu as besoin d'air, je dois te sortir. Les médecins s'affairent autour de moi, pressés, inquiets. Ils crient, hurlent, et courent comme si une bombe venait d'exploser. Il y a urgence. Je pousse, toujours, inlassablement. On m'ordonne d'arrêter mais je ne peux pas, tu dois sortir !
Ma chair se déchire, mais c'est mon cœur qui est lacéré de toute part lorsque tu surgis. Ton corps bleuté est immédiatement emporté loin de moi. Je tends une main vers toi, te suppliant, par ce geste, de vivre ! Un voile pare mes yeux qui ne voient plus. Une boule se forme dans ma gorge sèche. Ma bouche s'entrouvre mais aucun son ne peut sortir. Je garde espoir, je veux y croire encore.

Le personnel médical est auprès de toi tandis que moi je suis seule. Ton papa me tient la main pourtant, mais il n'existe plus à cet instant. Toi seul comptes, mon ange. C'est toi seul, Matis, que je veux. Reviens-moi, je t'en conjure. J'ai tant besoin de toi.

Je ne retiens plus mes larmes. J'ai si mal que cela est inhumain. Une faille apparaît, je m'émiette, je m'effondre, je veux te rejoindre. La boule jaillit, accompagnée d'un cri de détresse, témoin du désespoir immense qui m'envahit.
On te ramène à moi, emmailloté et l'on te pose sur ma poitrine. Ma chaleur et mon amour incommensurable peuvent-ils te ramener ?
Tes yeux sont clos, ton corps est vide de tout. Mes yeux sont clos, mon cœur est vide de toi. Je n'existe plus, je ne veux plus. Une partie de moi s'en est allée avec toi.

J'ai eu neuf mois pour t'aimer... J'ai toute une vie pour te regretter.

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mirabelle leroy · il y a
Magnifiquement construit votre texte est un cri de désespoir , bravo !

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