Petit numéro 9

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A toi qui ne verras jamais le jour, à toi qui as fait un passage furtif dans ma vie mais en qui j’ai cru tellement fort. Je t’ai aimé très fort pour qui tu pouvais devenir, pour tout ce que tu représentais. J’étais prête à tous les sacrifices pour te savoir continuer à vivre en moi. Je me sentais si forte à l’idée que tu sois là, encore. Si heureuse à l’idée que tu deviennes ce que nous désirions tant – que dis-je ? – au-delà du désir, tu étais ce dont nous avions besoin pour continuer à vivre, en tant que couple et individus.

J’ai consulté les sites pour voir à quel stade tu pouvais bien en être, dans le cas où tu m’habitais encore. Et j’étais partagée entre l’envie de me projeter avec toi dans mon ventre, et la peur de tomber de haut si ça ne marchait pas, si tout « ça », tout ce que nous avions traversé, n’aboutissait sur rien.

J’ai mis en suspens la boxe et la course à pieds pour ne prendre aucun risque. J’ai arrêté le fromage au lait cru, le vin et la bière, pour te fabriquer le cocon le plus douillet du monde où tu pourrais te lover définitivement. De toutes façons, ces gourmandises n’ont aucune saveur si on les compare à la joie de t’imaginer au creux de mon ventre, encore invisible que tu étais.

Je m’étais figuré la douleur que cette nouvelle pourrait provoquer, mais de loin, en ne voulant pas y penser, pour ne pas influer sur le destin. Pour souffrir d’y penser uniquement si je n’avais pas le choix. Et je n’ai plus le choix désormais. Le test est négatif. Pas de petite existence dans mon ventre. Tu as disparu, petit toi que nous n’osions célébrer, mais auquel nous voulions tellement croire.

J’ai interprété tous les signes, aux aguets. J’ai jalonné mes journées de croyances, de rites pour te protéger, puis de superstitions pour ne pas sombrer dans le désespoir, lorsque le doute et la peur ont commencé à m’envahir.

Tant d’attentes insoutenables jusqu’à ce jour grisâtre. Tant de détresse et de vide, maintenant que tu as disparu. Où t’en es-tu allé, dis-moi ? Et pourquoi ? Pourquoi faut-il encore se battre alors qu’on est à bout de force ? Pourquoi nous ?

Je te dis adieu, petit toi. Tu me manques cruellement depuis que tu es parti sans que je puisse remarquer ton absence jusqu’à ce maudit test. Mon corps entier souffre du vide que tu as laissé. Et mon cœur pleure de n’avoir pas su te garder plus longtemps. Tu étais tellement important.



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