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Ne regarde pas

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Jonathan Coulet

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Lohan n’était qu’un enfant lorsque c’est arrivé. Il habitait une vallée isolée, encerclée par des montagnes aux sommets vertigineux, projetant leur immenses ombres. ici, rares étaient les belles journées ensoleillés et les pluies abondantes contribuaient au développement d'une végétation luxuriante. Face à ce climat morose et à cet isolement extrême, la population avait tendance à fuir pour gagner les grandes villes. Taux de chômage élevé, chute de l'immobilier, la vallée n'avait vraiment pas la cote.
Comme la plupart des jeunes, Lohan allait à l'école à pied, car les transports en commun étaient quasiment inexistants. C'est sur ce trajet qu’il passait devant la demeure de la voleuse d'âme, tel qu’on l’avait surnommée à l’époque. L'endroit était inhabité depuis que la vieille dame sombra dans la folie : accusée d'avoir séquestré et assassiné des enfants, elle s'immola en ces murs un soir de janvier. Depuis cette histoire horrible, la maison était inhabitée et maintenant menacé d’être rasée, pour le plus grand bonheur du voisinage.
C'est par une fin d'après midi d'automne que Lohan s'y aventura. Depuis le bord de la route, son regard fut attiré vers l'étage, par cette petite fenêtre dont les carreaux étaient brisés. Comme à chaque fois. Ses copains de classe prétendaient que la maison était hantée, mais Lohan ne prêtait pas attention à ce genre de racontar. En revanche, il était curieux et ce jour là sa curiosité l’emmena près du portail rouillé. Il le poussa d'un geste hésitant et entra. L'amas de ferraille se referma lentement derrière lui, grinçant tout au long de sa course.
Le garçon franchi la cour, se griffant les chevilles a plusieurs reprise dans les ronces. La nuit commençait à tomber et plus il s'approchait du bâtiment, plus la végétation se faisait dense, masquant peu à peu la lumière de cette fin de journée. Il s'arrêta à quelques mètres du mur grisonnant de la vieille bâtisse, tous ces sens en alerte. Bien plus que la pénombre encore, c'est ce calme pesant qui le mis mal à l'aise. Aucun bruit dans les mauvaises herbes environnantes, pas même un oiseau gazouillant dans les branchages. Un silence inquiétant. Seul le craquement des feuilles mortes sous ses pas se faisaient entendre. Lohan regarda brièvement en direction de la fenêtre de l'étage et s'avança vers la porte de bois entrouverte, guidé par ce besoin d'assouvir sa curiosité.
Le hall d'entrée était tapissé d'une toile de jute s'apparentant aux peintures que l'on peut admirer dans certaines églises. Ses motifs représentaient des scènes de la bible montrant le christ entouré de ses apôtres. Au bout du couloir se trouvait l'escalier menant à l'étage. A mi-chemin, un rongeur gisait sur le sol, baignant dans son sang. Lohan entrepris la traversée du long corridor, d'un pas sur et rythmé, au milieu d'une odeur nauséabonde, mélange de pourriture et d'humidité. Son esprit lui joua des tours. Il lui semblait que les personnages de la toile l'observait et le suivait du regard, comme s'ils étaient vivants. Cette sensation désagréable lui donna le tournis. Il manqua de tomber à terre. Il se rattrapa de justesse à la poignée d'une porte de bois, moisie par l’humidité des lieux. S'apercevant qu’il venait de mettre le pied sur la dépouille du petit animal, le dégoût le poussa à reprendre sa marche en direction de l'escalier en colimaçon. La semelle de son pied droit, pleine de sang, collait maintenant au parquet de chêne et produisait un léger flic flac sous ses pas.

L'étage de la maison était composé d'une pièce presque vide. En face du jeune garçon se trouvait une coiffeuse, sur laquelle était posé un grand miroir. Sur sa gauche, il y avait un tabouret et un vieux coffre en bois. Lohan remis en question cette lumière qu’il avait cru apercevoir et en déduit qu'elle n'était que le fruit de son imagination. Il n’y avait rien d’anormal ou d’intriguant dans cette pièce. Mais après avoir fait quelques pas en avant, un détail l'interpella. La surface du miroir était en effet étonnamment propre, alors que le reste de la pièce gisait sous une couche de poussière, s'accumulant depuis des décennies. Ce constat le mit mal à l'aise et une petite voix imaginaire lui chuchota de fuire. Avant même qu’il ne réagisse, l'abominable se produit. Les yeux en direction du miroir, il y vit le sang couler de ses yeux, mais chose irréelle, il ne le ressentait pas ruisseler le long de sa peau. Pourtant, la paume de sa main qu’il venait de porter à son visage en était bien recouverte. Il était d'une d’un rouge foncé, presque noir. Un hurlement d'horreur s’échappa de la bouche débordante de sang du jeune garçon. Il finit par tomber à terre, se tapant violemment la tête contre le parquet. Sa chute souleva un nuage de poussière. Lohan se vida lentement de son sang, le vomissant à maintes reprises. Les yeux toujours rivés vers le miroir, il était le spectateur de sa propre mort.

Aujourd'hui, son esprit erre maintenant dans cette maudite maison et il en croise beaucoup d'autres ici. Celui de la vieille dame est ici, lui aussi. Mais la véritable voleuse d'âmes, celle qui a ôté la vie de tous, ce n'est pas elle. Un passé lointain et enfoui a été déterré, Lohan et les autres en sont les victimes et ce n’est que le commencement...
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